Villeneuve passe l’arme à droite

Guillaume Lepers a très largement dominé le second tour de l’élection municipale à Villeneuve-sur-Lot. Après une vingtaine d’années de gouvernance socialiste incarnée d’abord

par Jérôme Cahuzac puis par Patrick Cassany, la droite reprend le pouvoir dans la seconde ville du département.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

CV Express //

Si Guillaume Lepers est devenu Villeneuvois, il ne l’a pas toujours été. Il a d’abord passé sa jeunesse dans un petit village à proximité de Belfort. Après un DESS en relations européennes et un passage de six mois en Pologne, il se voyait poursuivre son cursus avec des études politiques. « En attendant, j’ai pris un petit de job de responsable de magasin sous enseigne Gifi à Mâcon. Je pensais que ça ne durerait que quelques mois... » Ce sera finalement l’aventure professionnelle de sa vie. Guillaume Lepers a dirigé plusieurs ouvertures en suivant dans cette région avant d’être nommé responsable secteur. Après de nombreux déménagements au gré de ses affectations, il a été appelé à prendre des fonctions au siège villeneuvois. « Je ne me suis installé ici qu’en 2005 mais je venais déjà régulièrement depuis 2000 », confie l’intéressé. En plus de gravir les échelons de l’approvisionnement au marketing jusqu’à atteindre le poste stratégique de directeur des achats, Guillaume Lepers a aussi commencé à s’impliquer dans la vie publique. « J’ai toujours eu envie de servir les autres. Ça a commencé très jeune. Je suis d’abord parti sur du bénévolat associatif, dans l’humanitaire surtout. Puis j’ai eu envie de passer en début de chaîne, là où on peut vraiment changer les choses. » Il adhère à l’UMP (ex-RPR devenu depuis LR) à sa création en 2002. Puis il s’est impliqué au sein du « laboratoire d’idées » local qu’est Villeneuve Passion. Il participe à sa première campagne politique en 2008 sur la liste de Florence Graneri, battue par celle de Jérôme Cahuzac. Il récidive en 2014 en numéro 2 sur la liste d’Anne-Marie Davelu-Chavin. « Au départ, on s’est tourné vers moi. Mais je venais de prendre de hautes responsabilités professionnelles. Ma charge de travail était trop importante pour porter une campagne », raconte-t-il. Un effacement qui notamment participé à la division de la droite. Guillaume Lepers remporte cependant très vite sa première victoire puisqu’il devient un an plus tard conseiller départemental et même leader de l’opposition dans l’hémicycle de Saint-Jacques. « Je suis rentré dans l’arène en quelques heures. Il fallait réussir à manager des maires et des élus expérimentés avec des sensibilités différentes. En me faisant confiance, ils m’ont fait grandir. Et même si ce n’était pas le but de départ, cela m’a fait gagner en notoriété. » Pour ce nouveau scrutin municipal, à 41 ans, il se sentait enfin prêt à assumer les responsabilités de maire. Il est parti en campagne très tôt, dès le 4 juillet, avec le résultat que l’on connaît.


Les résultats de l'élection municipale de Villeneuve-sur-Lot // - Guillaume Lepers : 49,80% - Thomas Bouyssonnie : 25,04% - Patrick Cassany : 17,32% - Etienne Bousquet-Cassagne : 7,83% Taux de participation : 43,47% (soit 21 points de moins qu’en 2014).

Questions pour un champion //

L’Hebdo : Comment avez-vous vécu cette journée de dimanche ?

Guillaume Lepers : C’était une journée assez stressante car on ne peut plus rien faire sinon attendre. Je me suis demandé si j’avais vraiment fait tout ce que je pouvais faire. En réfléchissant, je me suis dit que oui ! Même si j’arpentais déjà le terrain depuis 15 ans, je me suis investi comme jamais dans cette campagne. J’ai fait des paris osés comme celui de construire le programme avec les Villeneuvois via la consultation citoyenne. Je suis heureux de voir qu’ils se sont finalement approprié le projet.

Au-delà de ça, même si je croyais à ma victoire, je ne m’attendais pas à autant de ferveur. Dans les votes d’abord, car rafler près de 50% dans une quadrangulaire, c’est un véritable raz-de-marée. Ce score, supérieur à ceux des deux listes de gauche cumulés, renforce notre légitimité mais nous oblige aussi à ne pas décevoir. Ensuite en arrivant à la mairie. Je pensais arriver en catimini. Mais être applaudi de cette façon par des citoyens venus spontanément, cela restera gravé à jamais dans ma mémoire.


L’Hebdo : Au cours de la campagne, les points clés de votre programme ont largement été abordés. Mais que va-t-il advenir de l’héritage de votre prédécesseur ? On pense par exemple à l’organisation scolaire sur quatre jours et demi avec les TAP gratuits, la politique culturelle, le PLUi et l’OAP Commerce...

G. L. : Tout d’abord, il n’y a pas grand chose à remettre en question car pas grand chose n’a été fait en l’espace de six ans. On ne va pas se mentir, le gros des réalisations a été porté sous l’ère Cahuzac. Deuxièmement, je n’ai pas de temps à perdre à supprimer les marques du passé. On a déjà tellement de retard sur d’autres villes de notre strate que je préfère me concentrer sur les priorités. Enfin, je ne suis pas sectaire. Je ne vais pas casser juste parce que c’est mon ancien rival qui l’a fait.

Par exemple, je ne reviendrai pas sur le PLUi ni l’OAP Commerce. C’est un travail très lourd, qui a pris plus de quatre ans. Le détricoter serait tout aussi long et difficile. Je pense par ailleurs que ces mesures auraient dû être prises il y a déjà vingt ans. Mon objectif est de relancer le centre-ville, je ne vais donc pas tenir un double discours en favorisant le laisser-aller en périphérie. Je souhaite seulement que l’on puisse faire du cas par cas dans la reconversion de commerces et que l’on puisse accueillir quelques enseignes porteuses afin que l’on ne devienne pas la cité-dortoir d’Agen. Il faut aussi être facilitateur pour la création d’emplois, surtout avec la crise qui se profile. Vis-à-vis de l’école, je ne peux pas prendre une décision idéologique depuis mon bureau sans consulter les principaux concernés que sont les parents. Il y a du pour et du contre dans le système actuel mais il semble fonctionner. Si les Villeneuvois en sont contents, alors on le gardera.

Pour la politique culturelle, mon souhait n’est certainement pas de raboter les budgets mais au contraire de l’ouvrir davantage à tous, de la rendre plus accessible, de démocratiser certains équipements. Je veux y adosser une politique d’animations ambitieuse avec des festivals de rayonnement départemental.

En allant plus loin, je ne vais bien sûr pas toucher à la Maison des aînés, à la halle ni même au projet de campus connecté que l’on portait au passage dans notre programme en 2014... Je suis là pour bâtir, pas pour détruire.


L’Hebdo : Vous dîtes vouloir rendre Villeneuve sûre, propre et attractive. Êtes-vous certain de pouvoir y parvenir en l’espace de six ans ?

G. L. : Oui ! C’est possible à condition d’avoir un maire présent et réellement investi dans ces questions. Il faut de l’ordre, optimiser la vidéo-surveillance, renforcer les effectifs, faire des patrouilles de nuit. Pour la propreté, il faut s’atteler à comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas bien aujourd’hui. On est très en retard à l’Agglo sur la gestion des déchets. Les agents disent des choses depuis des années et ne sont pas écoutés. Si on ne fait pas tout partir d’en haut mais que l’on s’appuie sur ceux qui ont l’expertise, on peut changer les choses rapidement.

Tout ceci participe à notre attractivité ainsi que d’autres projets. On reste prudents sur certains d’entre eux car tout va dépendre des budgets. On fera un audit financier pour analyser la gestion de l’équipe sortante et prévoir l’impact de la crise. Mais je n’enterre pas mon idée de « promenades » ni même la possibilité de faire baisser la fiscalité. Je ne m’y engage pas formellement mais je ne dis pas que c’est impossible.

De toute façon, il est indispensable de réaliser notre ambition. Une ville de 22 000 habitants comme la nôtre a une carte à jouer face aux métropoles saturées. Mais il faut accélérer maintenant, sans attendre. C’est pourquoi nous nous attellerons à prendre des mesures très rapidement.


L’Hebdo : Quelle place accorderez-vous à l’opposition ?

G. L. : Je ne veux pas faire vivre à l’opposition ce que j’ai moi-même vécu au Département ces cinq dernières années. Ils ont aussi été élus par le peuple et je ne considère pas qu’il y ait de sous-conseillers. Je veux donc les faire participer un maximum. A eux de jouer le jeu et de se montrer constructifs sans être dans la posture permanente. Il en va de la sérénité de ce mandat.


Thomas Bouyssonnie, le nouvel homme fort de la gauche et de l’opposition

En plus d’avoir changé de majorité, la mairie voit également son opposition être incarnée par de nouveaux visages. En finissant seconde avec 25% des voix, l’équipe Villeneuve en Commun a, elle aussi, frappé un grand coup. Elle disposera de quatre sièges au conseil. Contrairement à l’équipe sortante qui devrait faire de la place pour la nouvelle génération à l’image de Patrick Cassany qui se « retire de la vie municipale », ses têtes d’affiche seront bien présentes tout au long du mandat. Thomas Bouyssonnie, Agnès Chabrot-Dupuy, Lionel Feuillas et Maëlle Blazejczyk seront ainsi au front. « On était partis dans l’intention de gagner mais au vu de la configuration, il n’y a pas de regrets à avoir et ce résultat est une très bonne base pour construire l’avenir », glisse Thomas Bouyssonnie. Son souhait est maintenant de « porter la voix de la gauche et enrichir le débat public de propositions ». Il se voit dans une « opposition active », qui travaille et sait faire face quand il le faut. « C’est un rôle un peu ingrat mais que l’on prend très au sérieux. On veut travailler en commission, rester au contact des quartiers et se faire le relais de ce qui se passe en-dehors du conseil. Par ailleurs, je ne suis pas mauvais joueur. Je sais reconnaître avec bonne foi quand un adversaire propose une bonne mesure. »

Si une potentielle union de la gauche dans l’opposition n’est pas encore à l’ordre du jour, elle n’est pas complètement à exclure « une fois que les passions et conflits de la campagne seront retombés ».


La droite départementale présente pour féliciter Lepers

La sénatrice Christine Bonfanti-Dossat, les Agenais Pierre Chollet et Baya Kherkhach, le maire fumélois et président de la section 47 des Républicains Jean-Louis Costes, le maire livradais Pierre-Jean Pudal... Les figures de la droite lot-et-garonnaise étaient nombreuses à l’Hôtel de ville pour célébrer la victoire de Guillaume Lepers. « Depuis le temps qu’on attendait ça... », glissait Jean-Louis Costes en début de soirée. Ce dernier voit dans ce succès plusieurs messages forts : celui que le Rassemblement national ne perce pas face à des candidatures LR solides et la possibilité pour le Fumélois et le Villeneuvois de pouvoir « enfin » travailler main dans la main. Pierre-Jean Pudal se réjouit quant à lui de voir arriver à l’Agglo un allié de poids.




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