Unicoque s’apprête à donner un goût de Lot-et-Garonne au Nutella

La coopérative canconnaise a signé un partenariat avec le groupe Ferrero pour devenir un fournisseur majeur de noisettes pour la recette de la fameuse pâte à tartiner.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Le président Thierry Descazeaux et le directeur général Jean-Luc Reigne sont heureux de voir Unicoque devenir un partenaire privilégié de Ferrero, ici représenté par Christophe Bordin (au centre)


En arrivant à proximité du site de Louberie, l’énorme logo Ferrero apposé à côté du panneau Koki ne passe pas inaperçu. « Certains vont penser qu’on a été rachetés, mais ce n’est pas le cas », insiste Thierry Descazeaux, le président d’Unicoque*. La coopérative canconnaise appartient toujours à ses 360 producteurs agricoles et à ses 150 salariés. Mais ce mercredi 19 mai marque une étape très importante dans l’histoire de ce fleuron lot-et-garonnais puisqu’un partenariat à long terme a été signé avec la multinationale qui fabrique notamment le célèbre Nutella. Déjà bien portante, contrairement au pruneau, la filière noisette élargit encore un peu plus son horizon.

Unicoque a énormément investi pour développer la filière noisette, des vergers jusqu’à la transformation


Pour ce qui est du fruit entier (ou fruit de table), la coopérative domine très largement le marché. Sauf qu’au niveau international, la quasi-totalité de la production se destine à l’industrie sous forme décortiquée. « C’est donc là que se situe notre prochain terrain de jeu », souligne Jean-Luc Reigne, le directeur général. Unicoque y consacre déjà 50% de son activité mais compte aller bien plus loin. Et Ferrero constitue un client de choix. La relation entre les deux entités a commencé avec une première livraison de 48 tonnes vers l’Italie. Un petit amuse-bouche avant de passer aux choses sérieuses : « On était un petit fournisseur, on va devenir un vrai partenaire », se réjouit d’avance Jean-Luc Reigne. En effet, la noisette de Cancon va faire une entrée en fanfare dans l’usine de Villers-Ecalles près de Rouen, usine de laquelle sort près de 30% du Nutella mondial. « Jusqu’ici nous nous approvisionnons principalement en Turquie et en Italie pour les noisettes. Cependant, nous avons la volonté de soutenir les filières françaises. On le fait déjà pour le sucre, le lait, la farine et nous souhaitons poursuivre avec cet ingrédient essentiel pour nous », affirme Christophe Bordin, directeur de l’engagement sociétal chez Ferrero. Si le critère numéro un, la qualité, sera tout sauf un problème pour les Lot-et-Garonnais, le véritable enjeu sera de fournir des quantités suffisantes. L’objectif est d’atteindre à terme les 15 000 tonnes annuelles, soit 60% des besoins. « Pour cela, nous allons créer de nouvelles tranches de plantations centrées sur les besoins de Ferrero. Comme pour tout ce que nous faisons depuis toujours, c’est une histoire de longue durée. L’idée n’est surtout pas de déstabiliser ou grignoter sur nos marchés existants mais bien d’ajouter quelque chose de nouveau », précise Jean-Luc Reigne.


Innovation à

tous les étages

Parce qu’il est tout sauf anodin pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire locales, cet événement a donné lieu à une visite en grande pompe du site. Des élus du territoire (commune, Département, Région, Assemblée nationale) et des représentants de l’Etat, qui soutiennent les investissements d’Unicoque dans le cadre du plan de relance, étaient présents. Tous ont pu découvrir les chantiers en cours. Entre extension des lignes de production et construction de silos de stockage jusqu’en 2035 pour remplacer les traditionnels pallox bois, les équipes de travaux ne manquent pas de travail. L’ambition est, entre autres, de pouvoir améliorer les process de transformation (noisettes grillées, en grain, en poudre) pour toucher plus d’artisans confiseurs et de PME utilisatrices. L’avenir se joue aussi dans la nature avec le développement d’un verger pilote en bio. « C’est un véritable challenge pour la France car les autres pays n’ont pas les mêmes contraintes règlementaire pour labelliser leurs noisettes. C’est une forme de concurrence déloyale. On ne sait pas encore répondre à la demande des consommateurs mais ça pourrait venir. A côté de ça, on fait tout de même du bio-contrôle et de la haute valeur ajoutée environnementale », indique Jean-Luc Reigne. Unicoque travaille par ailleurs sur la génétique avec l’implantation progressive de variétés résistantes pour anticiper l’éventuelle arrivée de champignons capables de dévaster l’intégralité des vergers en moins de dix ans. Le centre interne de recherche sur la noisette a aussi mis en évidence (avec ses partenaires scientifiques) un nouveau ravageur, en l’occurrence les punaises vertes et diaboliques, et prépare d’ores et déjà la riposte avec des agents de lutte biologique. La vague de froid glacial d’avril a peut-être gelé les cultures, mais certainement pas l’esprit d’innovation d’Unicoque.


* Unicoque est le nom de la coopérative, Koki est la marque commerciale.

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