Un paysan dans la ville

Avec l’arrivée de Régis Sonnes à ses commandes, le SUA LG prend un virage à 180 degrés et espère renouer avec sa tradition et son terroir.

Choisi par Jean-François Fontenneau, Régis Sonnes est le nouveau patron de l’équipe professionnelle.


Après deux décennies passées à vouloir devenir plus mondain que la baronne de Rotschild en personne, le SUA LG semble avoir fini par comprendre qu’il n’appartiendrait jamais à ce nouveau monde du rugby porté par des millionnaires en mal de notoriété. A moins justement de gagner au millionnaire ou autre jeu de hasard... Il faut s’y faire, le SUA appartient bel et bien au tiers état de ce sport sorti des rails de la raison économique pour sombrer dans une bulle spéculative.

Tombé dans la marmite de la déraison à la fin des années 2000, ce club, qui avait toujours connu la gloire en cultivant d’abord son terroir et surtout en le respectant, a cru prendre le bon virage en collant à la mode du bling bling. Vingt ans plus tard, si l’institution n’a jamais vacillé tant les racines sont profondes, si parfois elle a même semblé retrouver sa splendeur passée comme ce dimanche de mai 2017 dans un stade Chaban-Delmas en fusion et une victoire en finale de Pro D2, le constat est amer : le Sporting a bien sûr résisté à la grande dépression qui s’est abattue sur les villes moyennes, jusqu’alors bastions du rugby français, mais à en même temps perdu son ADN : celle d’un jeu porté par des hommes forts et résolument tourné vers l’offensive.


Jouer pour

gagner

L’arrivée de Régis Sonnes à la tête du SUA LG est en ce sens une révolution. Certes une révolution de palais tant l’homme cultive sa discrétion loin des plateaux télés où la plupart des présidents du nouveau monde recrutent en règle générale leur futur entraîneur. Une humilité telle, que personne n’a réellement su qu’il était bien le patron sportif du Stade Toulousain durant deux années. Ou qu’encore, avant de quitter Bordeaux-Bègles pour une jolie balade anonyme au milieu de la jeunesse irlandaise, le président Laurent Marty était prêt à lui faire un chèque en blanc pour le conserver.

Oui, c’est bien une révolution que le président Jean-François Fonteneau a orchestré savamment ces dernières semaines. D’abord bien contre son gré tant il aura soutenu Christophe Laussucq. Puis avec l’intelligence de ceux qui savent se remettre en question. Avec l’arrivée de ce technicien hors pair, il offre ainsi à son club la possibilité de renouer avec un jeu emprunt de prises d’initiatives, d’intelligence et d’évitement. Bref de jouer enfin pour gagner plutôt que de jouer pour ne pas perdre comme depuis plusieurs années. Mieux, il voit dans son nouvel homme fort, l’opportunité de remettre au milieu de la place du village l’église suaviste.

Ne nous y trompons pas. Régis Sonnes, et ses adjoints, des anciens de la maison bleue et blanche comme lui, Jalil Narjissi et Sylvain Mirande, tous deux restés agenais depuis la fin de leur carrière, ont à coup sûr du pain sur la planche. D’abord pour changer les mentalités et façonner des joueurs sevrés de plaisir depuis bien trop d’années... Et puis pour recréer cette proximité entre leurs ouailles et leur communauté perdue au fil des années...

Sans fanfaronnade, mais avec les moyens du moment. Ceux d’un club de paysans dans le sens noble du terme qui va devoir réapprendre à cultiver sa différence et à magnifier son terroir. Samedi, face à la moissonneuse-batteuse toulousaine, il sera sûrement trop tôt pour récolter les fruits de ce retour aux sources. Qu’importe, les vrais paysans, les Tolot, Cosse et consorts qui ont tant marqué l’histoire du club s’en moquent : ils savent qu’en rugby comme pour le travail de la terre, la patience est la vertu des forts...




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