un bon mois de décembre pour les commerces du centre-ville

Après un second confinement difficile à digérer, le 29 novembre a été un soulagement pour les commerces agenais et villeneuvois, qui ont pu accueillir de nouveau leurs clients. Avec le Black Friday suivi des fêtes de fin d’années, le mois de décembre a permis une belle relance de l’activité.

De nos journalistes : Charlotte Charlier et Dimitri Laleuf

Après l’effervescence du mois de décembre, le calme est revenu en ce début d’année sur le boulevard piéton.


A Agen, le succès est unanime

Avec la sortie progressive du confinement débutée le samedi 28 novembre, les Agenais ont retrouvé le chemin des commerces qui ont pu lever le rideau... dès le lendemain. La préfecture a accordé une dérogation pour leur ouverture le dernier dimanche de novembre, en plus des habituels dimanches de décembre. Une décision très attendue des gérants qui n’avaient qu’une hâte : se relancer et retrouver leur clientèle. Bruno Casset, président de l’Union des commerçants et artisans de l’Agenais (UCAA) est formel : la reprise a été très bonne en cœur de ville. « La réouverture est tombée en même temps que le Black Friday, qui a donc été porteur pour attirer du monde en centre-ville », assure-t-il. « Même si Amazon réalise le plus gros Black Friday de son histoire, la consommation a battu son plein dans tous les domaines et sur tous les canaux de distribution. Une partie de la population a pris conscience que sans les commerçants, une ville devient un quartier dortoir », constate Frédéric Delbert, gérant de la librairie Martin Delbert. Et au mois de décembre, la fréquentation a également été au rendez-vous. « Bien évidemment, ça ne rattrapera pas ce qui a été perdu avec les deux confinements, mais la relance est positive ! », lance le président de l’UCAA. L’enfermement a certainement pesé sur les habitants, qui n’ont pas manqué de venir se faire plaisir notamment sur le boulevard piéton, noir de monde certains week-ends. « Les gens ont joué le jeu et privilégié le centre-ville et ses commerces de proximité, nous tenons vraiment à les remercier », ajoute Bruno Casset, reconnaissant envers les consommateurs.


« Inouï », « inattendu »,

le mois de décembre a réservé

son lot de surprises

Les échos de plusieurs commerçants viennent confirmer le discours du président : « Le mois de décembre a été incroyable et vraiment inattendu », « on a senti que les gens avaient envie de se faire plaisir », « les résultats sont au dessus de nos attentes »... autant de témoignages réjouissants quant à la reprise d’activité pour ces commerces jugés non-essentiels pendant les deux confinements. La librairie Martin Delbert a certainement été l’un des endroits les plus fréquentés du boulevard de la République. « Ce mois a été inouï. Les gens ont davantage pensé à se faire plaisir et à faire plaisir », se réjouit Frédéric Delbert. Côté prêt-à-porter et accessoires, même son de cloche. Emmanuelle Girardet, qui gère Les pépites d’Emma et Swarovski, se réjouit des résultats, au-delà de ses espérances. Les deux boutiques comptent respectivement +30% et +9% de leur chiffre d’affaires. « Pour Swarovski, la fréquentation a été constante dès la reprise fin novembre. Pour les Pépites d’Emma, ça s’est accéléré à partir de mi-décembre ». Laura Léardi, à la tête des boutiques Turquoise et Palomino, a constaté cette envie des clients de retrouver du monde. « Au début du mois, le rythme a été plutôt calme, a tel point que je me suis demandé si tout le monde avait fait ses achats en ligne ! Puis on a commencé à recevoir beaucoup de monde sur la dernière quinzaine de décembre. On a senti ce besoin des clients à retrouver du lien social », raconte-t-elle. Les commerçants ont notamment pu compter sur les habitués. « Les clientes étaient contentes de revenir, les fidèles se sont présentées dès la reprise. Comme les restaurants sont fermés, elles se font plaisir chez nous », note Julianne de la boutique Christine Laure. Vincent Daumas, gérant de Ferrari et Trendy Boulevard, valide ces propos : « Ce lien avec notre clientèle manquait. Année après année, les fidèles répondent présents et c’est toujours agréable de les recevoir et d’entretenir ce contact avec eux. »


Les commerces de bouche

ont fait le plein pour les fêtes

Les habitants n’ont pas non plus manqué de préparer leurs repas des fêtes ! La recommandation de respecter six adultes à table pour Noël semble avoir été plutôt respectée puisque les commerçants du marché couvert ont reçu plus de commandes mais dans de plus petites quantités. « Les achats se sont reportés sur plus de foyers avec de petits comités. Le mois a été très bon, les consommateurs avaient envie de se faire plaisir avec de bons produits », constate Jérémy de la boucherie Pineau. Mêmes échos chez l’ensemble des exposants, qui ont réalisé leurs objectifs de reprise avant de se lancer à l’assaut de 2021. « Nous avons fait plus de ventes sur place et de commandes que les autres années, surtout les deux derniers week-end », constate la gérante de Chez Sylvie. De son côté, Carine, de la poissonnerie Gibaux, a été surprise par le monde. « Avec l’effet du confinement, les gens ont davantage envie de cuisiner et nos étalages se sont vidés plus rapidement que prévu. » La fermeture des restaurants a poussé les consommateurs à se diriger vers les bouchers, poissonniers et autres pâtissiers pour composer leurs menus de fêtes de fin d’année. D’ailleurs, tous se rejoignent pour apporter leur soutien aux restaurateurs. « On souhaite de tout cœur que ça rouvre, il n’y a pas de raison qu’ils soient plus pénalisés que nous », lance Bruno Casset. Commerces, cafés et restaurants sont complémentaires en centre-ville, et ça, tous l’ont bien compris, à l’instar d’Emmanuelle Girardet, commerçante du boulevard piéton : « La fermeture de ces établissements doit être très difficile à vivre pour eux... Il y a des habitudes qui manquent, pour nous comme pour les clients. Beaucoup aiment s’installer en terrasse avant ou après une virée shopping. »


Des clients bons élèves sur le respect du protocole sanitaires

Avec le monde qui a afflué dans les rues du centre-ville tout au long du dernier mois de l’année, le respect du protocole sanitaire en vigueur semblait difficile à gérer. Les commerçants avaient l’obligation de respecter un espace de 8m2 par client dans leur surface de vente. Finalement, malgré quelques récalcitrants, la plupart des visiteurs ont joué le jeu. « La boutique Turquoise n’étant pas très grande, il y a eu parfois de l’attente à l’extérieur. Gérer les flux et la vente était parfois compliqué mais les Agenais ont été compréhensifs des règles à respecter », constate Laura Léardi. Chez Martin Delbert, tout a été mis en place pour réduire l’attente. « Nous avions instauré un système de comptage automatisé pour respecter la jauge maximale, ouvert huit caisses au lieu de six avec une personne de l’équipe qui régulait les flux quand la file d’attente s’allongeait. Nous avons mis un point d’honneur à ce que l’attente ne dépasse pas les cinq minutes », assure Frédéric Delbert.


A Villeneuve, des situations contrastées

Laurence Pauliaci // (Librairie Livresse)

"Pour notre part, on a connu un bon mois de décembre, meilleur que l’année passée. Au-delà des animations du centre-ville pour générer du flux, on a surtout bénéficié d’achats militants. Le fait que les petits commerces soient fermés et les gros ouverts, la polémique sur les “non-essentiels” et le coup de pub fabuleux pour les librairies dans les médias… Tout ceci a participé à mobiliser les clients. Ils nous l’ont dit en passant la porte. Des gens qui achetaient d’ordinaire ailleurs ont changé leurs habitudes. Ils étaient décidés à acheter des livres chez des petits indépendants comme nous. En cette année très particulière, certains ménages un peu plus favorisés n’ont pas pu dépenser en vacances ou en restaurant. Il leur en restait un peu plus pour se faire plaisir avec la culture. »


Gérard Majos // (Boutique Majos)

"Contrairement à l’année dernière, le maire avait fait ce qu’il fallait du point de vue des animations. On a senti qu’il y avait du monde et les remontées sur ce point étaient positives. J’ai connu un très bon mois décembre, j’aimerais que ce soit tout le temps comme ça. Néanmoins, je pense que c’était surtout la conséquence de la liquidation. Cette opération, programmée depuis plus d’un an, était la première pour moi depuis 2007. Il faut donc relativiser. C’est un ensemble de facteurs qui m’ont permis de bien travailler. Je note toutefois que cet été, on avait également très bien bossé. D’une manière générale, les mois où on a pu ouvrir ont été bons mais ça ne compense pas tout. »


Andrée Akrich // (Présidente de l’Union des commerçants et artisans villeneuvois)

"On a fait un bon mois. Tout d’abord, on ne peut clairement pas se plaindre du monde que l’on a eu en ville. Tout le monde a reconnu que le marché de Noël avait beaucoup plu et rassemblé les gens. Il y avait certes moins de touristes, tous ces clients d’autres régions qui viennent voir la famille mais ça s’est bien passé quand même. Jusqu’à mi-décembre, c’était positif. Il y a eu ensuite un peu moins de rendement avant Noël avant un coup de mieux la dernière semaine. Je pense que certains avaient anticipé les cadeaux sur internet, dans l’incertitude d’une réouverture. Il n’y a pas eu non plus de 31 donc moins de gens qui s’habillent pour le réveillon. Mais on a eu des clients fidèles. Sans la patinoire, qui draine tout de même entre 15 et 20 000 personnes, on a vu une belle affluence. Les dimanches ont aussi été meilleurs qu’en 2019 grâce aux animations. On sent que la mentalité change, les gens prennent conscience qu’il faut revenir dans nos petits centres-villes. Et surtout, on a donné une bonne image de Villeneuve cette année. L’an passé, on n’avait pas été à hauteur. On voit qu’une tendance se dessine. On n’a pas de boule de cristal mais je pense que les gens veulent mieux consommer, plus local. »


Patricia Gonzalez // (Etam Lingerie / Devred / La Fée Maraboutée / Freeman T. Porter / Burton / Best Mountain / Madame a dit)

"Le mois de décembre a bien commencé avec une bonne première semaine, grâce notamment à l’effet Black Friday. Mais ça s’est rapidement tassé avant de remonter la semaine avant Noël. Heureusement, la municipalité a proposé de bonnes animations pour attirer un peu de monde. Le marché était bien. De notre côté, on a essayé de jouer le jeu au maximum en ouvrant le dimanche. Mais malgré tout ça, on sentait la réticence des gens à fréquenter les boutiques. A titre de comparaison, on reste assez loin du chiffre d’affaires de décembre 2019, environ 20% de moins. Si l’on ajoute à ça tous les mois d’inactivité, c’est difficile. D’autant plus que le redémarrage de janvier est très timide. Il n’y a pas eu, à mon sens, un effet “déconfinement” très palpable. J’ai l’impression que les gens ont préféré faire leurs cadeaux sur internet. On le voyait à notre échelle avec des clients qui commandaient en ligne, même si on avait du stock, avant de le retirer en magasin. Mais il faut savoir que le click & collect des grandes enseignes rémunère surtout la maison-mère et presque pas les commerçants dans les villes. Cela ne nous a donc pas trop aidés. Quant au dispositif Clickenvilleneuvois, c’est une bonne idée mais c’est arrivé tardivement. Cela n’a ainsi pas été un remède miracle. »

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