L’Ehpad de Tournon sur les rails du futur

Mis à jour : 31 mars 2020

La maison de retraite Bel-Air, dirigée par Michel Le Bon, propose un modèle de prise en charge innovant qui a reçu le soutien de l’Agence régionale de santé.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Le directeur Michel Le Bon a vite été convaincu par les résultats de la thérapie par le voyage.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais il y a une gare à Tournon. Et toujours un train à quai. Sans voie ferrée ni locomotive, celui-ci ne va nulle part si ce n’est très loin dans l’inconscient de ses passagers. Car ce qu’il faut savoir, c’est que les billets ne sont délivrés qu’aux patients atteints d’Alzheimer de l’Ehpad Bel-Air. C’est ce que l’on appelle la thérapie par le voyage. Deux salles sont aménagées, l’une pour ressembler à un hall de gare, l’autre au compartiment d’un wagon. Un film projeté sur écran fait office de paysage défilant. Il n’y a pour l’instant que deux installations de ce genre en France. Le concept, lui, vient d’Italie et a déjà fait ses preuves. « Nous avons un patient qui avait tout oublié jusqu’au langage. Il était complètement perdu et déambulait 14 kilomètres par jour. A la sortie de sa première thérapie par le voyage, il a déclaré : "C’est exactement ce que mon père nous disait". Il avait retrouvé la parole et même quelques souvenirs et a divisé ses déambulations par deux. On ne connaît pas exactement tous les mécanismes qui sont activés mais l’efficacité est réelle », souligne Michel Le Bon, directeur de l’établissement tournonnais. Cette nouveauté rentre dans le cadre des thérapies non-médicamenteuses (TNM) mises en place par l’Ehpad Bel-Air depuis 2017. On y retrouve par exemple la stimulation multisensorielle Snoezelen, le recours à l’intelligence artificielle, la musicothérapie et bien d’autres ateliers encore à destination de ces malades bien spécifiques mais aussi de tous les séniors en général, à différents stades de dépendance. « Pour les équipes de soignants, c’est un changement de paradigme. On apprend à faire avec la dépendance et non pas à lutter contre. On accompagne les capacités restantes plutôt que de tomber dans une posture curative vaine puisqu’on ne rajeunit pas », explique Michel Le Bon. Ces TNM ont déjà profité à 85% des patients de l’unité Alzheimer, à 68% des « grands dépendants » et à 30% des résidents standards de la maison de retraite.


Ehpad hors les murs


Mais c’est loin d’être le seul axe de développement innovant proposé à Tournon. Toute la politique interne tend vers une évolution de la prise en charge. C’est ainsi que cet établissement va s’ouvrir hors les murs pour toucher des personnes encore maintenues à domicile. « Il s’agit de porter les prestations de l’Ehpad à l’extérieur mais aussi de permettre à des gens de venir en profiter sur place ponctuellement. Les flux doivent aller dans tous les sens », précise le directeur. A terme, cela se conjuguera avec la création d’une « structure alternative aux modes d’hébergements traditionnels ». Comprenez ici la construction de nouveaux logements, proches de l’Ehpad, intégrés au niveau paysager et adaptés aux besoins particuliers avec de la domotique notamment. Ces 10-12 habitations seront construites à proximité immédiate de l’Ehpad. « Ce seront de véritables domiciles privés où les gens seront chez eux tout en étant connectés à notre structure selon différents niveaux d’intervention. Pour autant, on ne crée pas un nouveau ghetto. Ces installations seront inclusives avec une véritable mixité sociale, pas seulement des résidents au profil dépendant », détaille Michel Le Bon. Ce projet mobilise également la Ville et le foyer d’adultes handicapés. Il devrait voir le jour dans les 3 ans.


79 personnes résident à l’Ehpad de Tournon auxquelles il faut ajouter 7 places en accueil de jour. 65 équivalents temps plein composent l’équipe.

« Toutes nos idées convergent vers une même démarche globale qui consiste à s’adapter aux évolutions socio-démographiques. On fait face, sur ce territoire en particulier, à un vieillissement et à un appauvrissement de la population. Le recours à l’hébergement est de plus est en plus tardif mais avec des besoins plus importants. Il y a des gens qui sont en Ehpad mais qui devraient plutôt être chez eux et inversement d’autres qui ne peuvent y entrer faute de place. Les schémas traditionnels ne marchent plus. On manque de solutions entre ces deux situations. Il faut être plus réactifs aux changements dans un contexte de raréfaction des moyens. C’est ce que l’on tente de faire ici. »


Expérimentation sur 3 ans


Toutes ces initiatives sont rendues possibles par une gestion saine de cette structure publique autonome qui dégage des excédents depuis 3 ans et dispose d’une belle capacité d’auto-financement pour investir. Tout ceci a séduit l’Agence régionale de santé (ARS) qui a retenu la candidature de l’Ehpad Bel-Air pour devenir « pôle de ressource de proximité » avec une enveloppe de 300 000 euros pour un plan expérimental de 3 ans en vue de déployer toutes ces belles idées à plus grande échelle. Le futur est en marche dans cette maison de retraite pas comme les autres.




0 vue0 commentaire