RN21 : les deux Agglos unissent leurs forces

Le président agenais Jean Dionis du Séjour et son homologue villeneuvois Guillaume Lepers ont signé une convention de coopération mercredi 14 janvier. Une première de mémoire d’élus.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Le Villeneuvois Guillaume Lepers (à gauche) et l’Agenais Jean Dionis ont rapproché leurs agglos sur le plan politique.


"Malgré mes quelques heures de vol, c’est une première pour moi. » Par ces propos, Jean Dionis du Séjour illustre bien le caractère exceptionnel de la réunion qui s’est tenue à La Croix Blanche ce mercredi 13 janvier. Les deux Agglomérations d’Agen et Villeneuve ont signé à cette occasion une convention de coopération. Celle-ci porte sur « une stratégie commune sur la hiérarchie des priorités des opérations de désenclavement nord-sud du Lot-et-Garonne à inscrire au futur CPER 2021-2027 ». Au-delà de cet intitulé très technocratique, le document concrétise la réconciliation politique entre les deux territoires moteurs du département. « J’ai l’ai répété tout au long de ma campagne, je veux être le maire qui réchauffe les relations avec Agen, sur ce sujet de la RN21 mais sur bien d’autres par la suite », confie à son tour Guillaume Lepers. Les autres maires concernés par cet axe routier n’ont pas manqué de saluer l’évènement, à commencer par le Cruciblanchais Gilles Charollais, initiateur de ce projet, ou encore Christian Delbrel, premier édile de Pont-du-Casse.


Pas de démagogie

Dans le contenu, la convention met en avant plusieurs chantiers. Le premier et le plus urgent : la réalisation tant attendue de la section La Croix Blanche – Monbalen. « 12 ans de retard... », soupire Jean Dionis. Les élus signataires se sont aussi mis d’accord sur la nécessité de voir naître le pont et le barreau de Camélat sous ce même Contrat de plan. La création de trois aménagements de sécurité sur le tracé est aussi demandée. Concernant la section Agen-Nord, c’est-à-dire le contournement d’Artigues, le réalisme a pris le dessus. « Nous pourrions tenir un discours populiste et démagogique en exigeant tout et tout de suite. Ce serait facile mais cela ne servirait à rien. Le dossier de Camélat est mature, prêt, pertinent et fait consensus. Quand à la déviation Agen-Nord, il s’agit d’un gros morceau. Si on arrive déjà à sanctuariser les études dans le prochain CPER, ce sera bien », analyse le président de l’Agglo d’Agen. Ce dernier se réjouit que ses homologues du Villeneuvois le « soutiennent sans ambiguïté » sur le troisième franchissement de la Garonne qu’il défend corps et âme depuis des années. Il n’attend cependant d’eux « aucune participation financière ». Après qu’Agen ait consenti un « geste extraordinaire » de 4 M€ en dehors de son aire, certains s’inquiétaient d’un possible retour d’ascenseur de la CAGV alors qu’elle n’en a pas vraiment les moyens.


Verdict imminent

Avec cette convention, les deux intercommunalités parlent désormais à l’unisson. « Chacun de notre côté, nous sommes bien petits. Mais en nous réunissant, notre voix est celle de 150 000 habitants. Ça pèse un peu plus dans la balance », note Guillaume Lepers. Quid du Département ? Partenaire financier incontournable, aurait-il été mis de côté pour des raisons politiques ? Les deux présidents d’Agglo assurent que non. « On a fait les choses dans le bon ordre. On se met d’accord entre communes avant d’aller faire du lobbying vers les échelons supérieurs. » Le CD47 sera prochainement invité autour de la table ainsi que la Région puis l’Etat. La cohésion aujourd’hui affichée permettra-t-elle de faire avancer les dossiers avec plus de célérité que par le passé ? L’avenir le dira. Les premiers éléments de réponses ne tarderont pas. Le Plan de relance du gouvernement doit être signé en février et le CPER 2021-2027 est annoncé en juin... « Après ces deux échéances, la messe sera dite... »


116 M€ C’est le montant des projets que les Agglos veulent inscrire au CPER 2021-2027* avec la répartition suivante :

- 64,8 M€** pour les travaux du pont

et du barreau de Camélat

- 36 M€ pour les travaux de la RN21

section Monbalen - La Croix Blanche

- 11,2 M€ pour les opérations de sécurité

- 4 M€ pour les études et acquisitions sur la déviation d’Agen-Nord

*Pour Camélat voir ci-après

** Montants exprimés TTC


Dionis promet à l’Etat « l’affaire du demi-siècle »

Déjà difficile à mobiliser sur son propre réseau routier, l’Etat n’est à ce jour pas partie prenante dans le chantier du pont et du barreau de Camélat. L’Agglo d’Agen en est le maître d’ouvrage. Mais Jean Dionis et les autres élus communautaires mènent un âpre combat pour intégrer ce nouvel axe au tracé de la RN21. Le maire-président se montre « optimiste ». Et pour cause : « On coche absolument toutes les cases. Et la logique très patrimoniale de l’Etat ne tiendra pas longtemps car je martèle que je vais lui faire faire sa meilleure affaire en un demi-siècle. Je leur offre un pont et une rocade toute neuve en échange du vieux et moche pont de Beauregard ainsi que les voies sur berges avec leurs onéreux frais de maintenance. A cela s’ajoute l’argument environnemental. Envoyer tout le transit de poids-lourds dans le centre-ville est une aberration et certains commencent à avoir mauvaise conscience. »


Une rencontre peut-être

décisive avec Jean Castex

Rebondissement de dernière minute dans cette affaire : Jean Dionis a rencontré le Premier ministre Jean Castex ce mardi 19 janvier dans l’après-midi à Matignon. L’élu agenais a pu évoquer longuement avec le chef du gouvernement deux dossiers majeurs : UPSA et Camélat. Sur le deuxième justement, Jean Dionis a bien expliqué sa stratégie. Intégrer le franchissement de la Garonne au prochain CPER - avec un accord de principe de la préfète de région Fabienne Buccio dans un courrier du 15 janvier - n’est en réalité qu’un plan B. « Nous n’avons qu’une confiance relative vis-à-vis du CPER », confirme le vice-président Henri Tandonnet en référence aux précédentes moutures et aux déblocages de fonds très aléatoires. Le plan A, la priorité des priorités, serait en réalité de faire basculer ce chantier dans l’accord régional de relance. Le président de l’Agglo a dégainé tous ses arguments : volonté de faire d’Agen une ville carrefour Est-Ouest Nord-Sud, écologie, unanimité locale... Au point de persuader Jean Castex qui n’aurait plus de doute sur la pertinence de cette infrastructure. Mais pour libérer les 27 M€ HT manquants, l’Etat impose une condition et non des moindres : assurer une livraison avant la fin d’année 2023. L’Agglo est sûre d’être dans les clous, ce dont doute la DREAL d’après le Premier ministre... Sachant que la décision doit être prise dans le courant du mois de février, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage aujourd’hui pour convaincre. Dans le détail, l’étude environnementale ainsi que la déclaration d’utilité publique vont être déposées incessamment sous peu et le maître d’œuvre désigné. La deuxième phase des recherches archéologiques est prévue pour cet été. Les travaux seraient engagés en 2022 et achevés dans le temps imparti. « Si, de nos jours, on n’est pas capables de construire un pont et 3 km de routes en trois ans sachant que nous maîtrisons déjà 80% du foncier, c’est qu’il y a un problème », insiste Jean Dionis. Ce dernier espère maintenant un petit coup de fil de Jean Castex à Fabienne Buccio pour obtenir satisfaction !



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