Quand la campagne « vole » deux médecins aux hôpitaux parisiens

La désertification médicale est un sujet si préoccupant dans nos territoires que la venue de deux généralistes à Castelmoron et Castillonès est célébré comme une grande victoire pour la ruralité.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Agée de 38 ans, le docteur Kerboub se sent déjà bien dans la campagne lot-et-garonnaise


C’est ce que l’on appelle une installation dans la précipitation... Mais Mounira Kerkoub-Dahbi est habituée à évoluer dans ces conditions. Après 7 années et demi passées dans l’un des services d’urgences les plus sollicités du pays – à l’hôpital d’Argenteuil (95) – ce jeune médecin de 38 ans pour débarquer à Castelmoron-sur-Lot afin d’y occuper les fonctions de généraliste. En quelques semaines seulement, elle a quitté son poste, fait ses valises et déménagé pour un territoire inconnu. A peine avait-elle déballé son stéthoscope cemardi 15 septembre que les patients affluaient en nombre dans son cabinet. « C’est un chasseur de tête qui est venu me trouver sur mon ancien lieu de travail, révèle-t-elle. Comme on avait déjà ce projet de venir dans le Sud avec mon mari, on a accepté de faire un un petit séjour dans la région cet été, histoire de découvrir un peu. On se disait : «Peut-être l’année prochaine...» Je voulais d’abord attendre d’avoir accouché. » Bien que l’heureux événement soit prévu pour fin décembre, Mounira n’a pas pu attendre. Sur place, elle a en effet mesuré l’urgence de la situation. La désertification médicale qui ronge les campagnes françaises est particulièrement prégnante dans ce petit village du Lot-et-Garonne. En quelques années, le docteur Comanac a perdu ses deux autres confrères, se retrouvant seule face à une importante patientèle.


Parée pour la charge

de travail

C’est pourquoi la municipalité avait décidé de passer à l’action. « On a essayé plusieurs moyens pour recruter des médecins : de la publicité dans des revues spécialisées, des annonces sur des plateformes de recrutement... Cela n’a rien donné. On s’est donc tournés vers ce chasseur de tête. Il nous avait déjà permis par le passé de trouver un praticien qui n’est malheureusement pas resté sur la durée », explique Line Lalaurie, maire de la commune. Si ce rabatteur a aussi proposé d’autres destinations à Mounira, celle-ci a bel et bien jeté son dévolu sur la petite bourgade fluviale.

Même à deux médecins, la charge de travail reste énorme, mais pas assez pour effrayer l’ancienne urgentiste aux multiples diplômes universitaires.

Si tout s’est aussi bien goupillé, c’est aussi parce que les critères plus personnels ont pu être respectés. L’époux de Mounira, bossant dans le marketing, n’a pas eu de difficultés à se mettre en télétravail pour la suivre dans cette aventure avec leur petite fille. Le charme du territoire a aussi pesé dans la balance. « Je suis native de Marseille et j’ai aussi passé beaucoup de temps à Alger. Même si je ne connaissais pas du tout le Sud-Ouest, j’ai été assez sensible au fait de quitter la grisaille parisienne et les embouteillages. C’est vraiment un très bel endroit, toute cette verdure est apaisante », souligne le nouveau médecin.

Dans ses bagages, elle a aussi amené une collègue d’Argenteuil, le docteur Saliha Hamiti qui a pris place dans un cabinet du côté de Castillonnès, tout au nord du département. Là encore, une excellente nouvelle pour tous les habitants de ce bassin rural.


« Un besoin urgent »

« A Castelmoron et dans les villages des alentours, comme dans la ruralité en général, nous avons une importante population de personnes âgées. Rien qu’à Castelmoron, nous avons deux Ehpad. Les séniors, avec les pathologies chroniques liées à l’âge, ont impérativement besoin de consultations régulières. Beaucoup d’entre eux n’avaient regrettablement plus de médecin traitant. On courait vraiment à la catastrophe, le besoin était devenu urgent de trouver quelqu’un. Nous n’avons pas ici la structure pour salarier les médecins mais heureusement, le docteur Kerkoub n’avait aucun problème à s’installer en libéral. Et maintenant qu’elle est là, nous allons tout faire pour l’accueillir dans les meilleures conditions. »

Line Lalaurie, maire de Castelmoron-sur-Lot

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