Paul-Clément Teitgen, le couteau-suisse de la finance

De notre journaliste : Dimitri laleuf


Deux décennies en Lot-et-Garonne n’ont pas suffi à lui donner l’accent si caractéristique du Sud-Ouest. Mais après six années en Suisse, Paul-Clément Teitgen a déjà adopté quelques tics de langage typiques des Romands. « Et pourtant, quand je suis arrivé, je ne voulais pas prendre l’accent... Du coup, je me soigne petit à petit », plaisante l’intéressé. Toujours est-il que ces légères inflexions témoignent de son intégration sur sa terre d’adoption, pas si familière en dépit des apparences. « J’ai beau vivre dans un territoire francophone à quelques kilomètres seulement de la frontière, il y a un côté presque exotique pour le Villeneuvois que je suis. Il y a déjà le cadre avec le lac et ces montagnes mais aussi quelques différences culturelles. Et puis Genève où je travaille comme Lausanne auparavant ont vraiment une forte identité internationale », explique Paul-Clément. Ses différents emplois pour de grands groupes avec des activités partout dans le monde viennent amplifier cette impression.


De l’Ohio à la Suisse sans passer par la case France

Et c’est justement ce qu’il était venu chercher. Celui qui vient tout juste de souffler sa trentième bougie a pris goût au dépaysement pendant ses études. Après une prépa à Bordeaux, il a intégré l’école supérieure de commerce de Toulouse avec une spécialité en finance d’entreprise et contrôle de gestion. Face à l’opportunité de passer un double-diplôme français et américain, il est donc parti un an aux Etats-Unis, à l’université de Cincinnati. « C’était la première fois que je partais aux Etats-Unis, confie Paul-Clément. Mon premier contact là-bas, c’était un douanier à l’aéroport qui m’a dit que j’aurais plutôt dû choisir les côtes que le Midwest. Mais au final, j’ai pu découvrir un environnement très représentatif des US. J’étais sur un campus à l’américaine. Pour eux, c’est normal mais pour un Européen, c’est de la folie en termes d’infrastructures. C’est une ville à part entière avec des commerces, une police et des équipements sportifs énormes... » La fin des études approchant, il était temps de penser à l’avenir. « J’ai décidé de rentrer en Europe pour mon premier emploi mais pas en France. J’avais envie de découvrir encore un nouveau pays. J’ai postulé un peu partout. A la fin, ça s’est joué à peu de choses entre Barcelone et la Suisse. La décision s’est faite au ressenti vis-à-vis des gens que j’ai rencontrés. »


Tour de contrôle

En novembre 2014, Paul-Clément prend ses quartiers dans le canton de Vaud, sur les bords du Léman, mange sa toute première fondue et intègre un prestigieux cabinet pour y faire de l’audit. Il a profité de cette première expérience pour également devenir expert-comptable. Au début de l’année 2020, il a changé de boutique, atterrissant ainsi à Genève au sein d’un groupe international spécialisé dans les spiritueux, dans un rôle complexe qu’il tente d’expliquer : « Je suis en quelque sorte une tour de contrôle. Je dois trouver l’harmonie entre tous les éléments pour descendre le risque financier à un niveau acceptable. »

La métaphore aérienne n’est pas dénuée de sens pour celui qui s’imagine embarquer à nouveau pour une destination étrangère afin de poursuivre son beau début de carrière. « J’éprouve encore cette même curiosité pour la nouveauté et tout ce que je ne connais pas. Idéalement, j’aimerais aller dans un pays non francophone, pour assimiler d’autres modes de vie, de nouvelles façons de travailler et de penser, une gastronomie et des hobbies différents. Vivre dans une autre culture, tout simplement... » Déjà habitué à s’affranchir de sa langue maternelle puisqu’il parle anglais au travail ainsi qu’à la maison avec sa compagne de nationalité russe Liza, ce futur chapitre s’annonce sans difficulté pour cet enfant prodige de la bastide villeneuvoise.

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