Pôle de santé de Foulayronnes : première pierre d’un modèle à suivre

Mardi 5 octobre, élus locaux et professionnels du monde médical ont posé la première pierre du chantier du pôle de santé communal. Un projet ambitieux sur fond de désertification médicale.

De notre journaliste : Charlotte Charlier

Elus locaux et professionnels de santé étaient présents autour du maire foulayronnais Bruno Dubos pour ce moment fort symboliquement.


Pour qui possède un peu d’imagination, une visite de chantier peut rapidement devenir métaphorique. En rasant un bâtiment (en l’occurrence l’ancien Intermarché) pour y construire un pôle de santé, la Ville de Foulayronnes fait en réalité bien plus que de l’urbanisme. Après le passage des démolisseurs, les élus, dont le maire Bruno Dubos, ont procédé avec beaucoup fierté à la pose de la première pierre mardi 5 octobre. Un moment chargé de symboles. La page blanche sur laquelle les constructeurs vont commencer à écrire marque en parallèle la résurrection médicale de la commune (voir notre édition du 11 mars 2021). En 2018, Foulayronnes ne comptait plus aucun généraliste. Quand la nouvelle structure sera opérationnelle, probablement en avril 2022, il y en aura entre quatre et six. A leurs côtés, une petite armée de soignants et paramédicaux (sage-femmes, dentistes, infirmiers, personnels administratifs…). Une spectaculaire inversion de tendance qui doit pousser le reste du département à s’interroger. Car la désertification médicale touche bien d’autres territoires que le seul bassin foulayronnais. Le docteur Yvette Renaud-Lagaye, membre du conseil départemental de l’ordre des médecins, dresse un constat sans appel : « En 2016, nous recensions 312 généralistes en Lot-et-Garonne. Il n’y en a plus que 211. » Avec un élémentaire calcul mathématique, on constate que cela fait moins de 64 médecins pour 100 000 habitants. Le déficit est abyssal. Mais il y a pire encore : « Pour un seul praticien de moins de 40 ans, on en dénombre quatre qui ont plus de soixante ans », glisse Yvette Renaud-Lagaye. L’heure du renouvellement approche dangereusement et il n’y a pas foule au portillon. Si l’on ajoute à cela certaines carences hospitalières comme aux urgences de Marmande, c’est une véritable crise qui pointe le bout de son nez.


« Un bon moyen

d’attirer de jeunes confrères »

Le projet foulayronnais, avec tout le travail de recrutement-séduction mené par les chevilles ouvrières, a au moins le mérite de venir combler une partie des manques sur le Nord-Agenais. Il en faudrait néanmoins beaucoup plus pour proposer une offre de soin satisfaisante à l’ensemble des administrés. « Ce modèle de pôle de santé est un bon moyen pour attirer de jeunes confrères. C’est un endroit sécurisé où on ne travaille plus seul mais collectivement et c’est ce que les nouvelles générations recherchent », estime le Dr Renaud-Lagaye. Le choix offert entre exercice libéral ou salarié (et donc avec horaires encadrés) est un atout de poids. C’est l’un des arguments qui a convaincu Alexandra Martinière, jeune médecin, de rejoindre le centre de santé municipal de Foulayronnes en attendant que le pôle définitif soit construit. « Ce dossier a été très bien mené avec toutes les parties prenantes. Il amène au bassin de vie, et pas seulement à la commune, un espoir de qualité de santé. C’est également une chance d’attirer l’œil sur cette région malheureusement trop boudée du corps médical. Ce pôle sera un modèle d’attractivité avec de belles conditions de travail et de vie à côté », estime la jeune femme.


63,9 médecins généralistes pour 100 000 habitants en Lot-et-Garonne. Pour un praticien de moins de 40 ans, quatre ont plus de 60 ans.

Bien entendu, il ne suffit pas d’avoir de beaux bâtiments pour convaincre des médecins de venir s’installer en Lot-et-Garonne. Les élus, de l’échelon départemental jusqu’aux territoires les plus ruraux, tentent de trouver des solutions pour endiguer ce phénomène inquiétant. Le cas de Foulayronnes demeure cependant très intéressant par ses résultats en un délai réduit. Incontestablement un exemple à suivre.



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