Météorite : récit d’une semaine pas comme les autres

Samedi 27 février, une météorite a illuminé le ciel avant de s’écraser quelque part en Lot-et-Garonne. Scientifiques et bénévoles se sont mis à sa recherche, sous de nombreux regards curieux.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

La météorite a été détectée par plusieurs caméras du programme FRIPON le 27 février, comme ici par celle de Mauroux dans le Gers. (Crédit photo : Vigie Ciel - FRIPON)


Environ 150 grammes, la taille d’un abricot... et beaucoup de bruit ! Le « petit caillou » tombé du ciel samedi 27 février, à défaut d’avoir été retrouvé, aura suscité un sacré engouement populaire et médiatique. Il faut dire que l’évènement n’est pas si banal. « On estime que des météorites comme celles-ci, il en tombe environ une dizaine chaque année en France. Mais pour qu’elles puissent être détectées et donc potentiellement retrouvées, il faut réunir un certain nombre de conditions », explique Mickaël Wilmart, de l’association gersoise Ferme des étoiles*. Cette fois, c’était bien le cas.


Science

participative

Dans le cadre du programme FRIPON, une centaine de caméras réparties dans le pays scrutent la voûte céleste. Plusieurs d’entre elles, dont celle de Mauroux dans le Gers, ont bien aperçu un objet lumineux sur les coups de 22h43, fait corroboré par de nombreux témoignages. Les calculs et recoupements effectués au niveau national ont permis de déterminer une zone de chute en Lot-et-Garonne dans les environs d’Aiguillon. Dans la foulée, un autre programme s’est mis en action : Vigie Ciel. Celui-ci, dont Mickaël Wilmart est le référent local, s’est chargé d’organiser les recherches sur le terrain et notamment les fameuses battues. « L’un des aspects les plus importants, c’est justement ce versant science participative. Le grand public est invité à participer à cet échelon, qui est complémentaire des missions spatiales internationales à très gros budget comme Perseverance sur Mars ! » Si tout le monde ne peut pas devenir Thomas Pesquet, la fascination des foules pour l’espace demeure intacte. En plus des membres de la Ferme des étoiles et de François Colas, astronome de l’Observatoire de Paris et directeur de recherche au CNRS, de nombreux bénévoles sont venus prêter main forte le week-end passé pour traquer le précieux cailloux.


Vestige de la

formation du

système solaire

Si ces premières recherches n’ont rien donné, elles ne sont pas stoppées pour autant. Un rapprochement avec Météo France (dont les radars de pluie pourraient s’avérer utiles) est en cours. L’enjeu est de taille. « En trouvant cette météorite, on va pouvoir déterminer le corps parent, c’est-à-dire l’astéroïde duquel elle provient. On parle là d’un vestige de la formation du système solaire il y a 4,5 millards d’années. Grâce à ce type de découverte, on affine notre connaissance sur le processus de formation des planètes. D’un objet à l’autre, on ne sait pas sur quoi on va tomber, peut-être quelque chose de très ancien, presque primitif », explique Mickaël. Plus la découverte est précoce, plus la météorite sera « fraîche », c’est-à-dire proche de son état spatial. Avec le temps qui passe, l’environnement terrestre engendre des interactions chimiques et donc une altération progressive. « Cependant, même si on la retrouve dans plusieurs mois, elle nous sera quand même très utile. » La population est ainsi invitée à garder les yeux ouverts.


Le week-end dernier, scientifiques et bénévoles ont organisé des battues pour retrouver le précieux caillou sous l’œil des médias, sans succès.

(Crédit photo : Ferme des étoiles).


Attention aux

arnaques

Pour autant, inutile de spéculer sur une valeur marchande mirobolante. « On voit que cette affaire engendre tout un tas de fantasmes. C’est un objet rare donc forcément très cher dans l’esprit des gens. Mais sa valeur est surtout scientifique. Seul un véritable expert qui l’aura eu entre les mains pourra dire s’il s’agit ou non d’une météorite et déterminer son niveau de rareté d’un point de vue minéralogique. Cela dit, on ne peut pas empêcher certains de tenter des arnaques. J’ai par exemple vu sur les réseaux sociaux des mises en vente au plus offrant avec des images qui ne correspondent pas du tout à ce qu’on cherche ou encore d’anciennes pièces déjà étudiées qu’ils ne peuvent pas avoir en leur possession... », prévient Mickaël.

Folie médiatique

La chute de cette météorite a aussi mobilisé de nombreux médias. « Au départ, on a uniquement contacté les journaux locaux mais l’information a rapidement fait tâche d’huile. Et quand la dépêche AFP est tombée, c’est devenu dingue. Des médias de tout le pays et même à l’international se sont emparés du sujet. A notre petite échelle, ce n’était pas évident à gérer. Comme mon numéro apparaissait sur les communiqués, j’ai même eu droit à des demandes très insolites. On m’a par exemple sollicité pour analyser des cailloux aux Etats-Unis... », raconte Mickaël, commençant tout juste à redescendre de cette effervescence. Assurément, ce n’était pas une semaine comme les autres.


* L’association la Ferme des étoiles – A ciel ouvert fait de la médiation et de la vulgarisation scientifique, principalement auprès des scolaires. Elle sert aussi de relais local pour les programmes Vigie Ciel et FRIPON. Mickaël Wilmart en est le référent.


La météorite toujours dans la nature

Tout un chacun est susceptible de dénicher la météorite tombée le 27 février dernier dans le secteur d’Aiguillon. Sa masse est d’environ 150 grammes. Sa taille est un peu plus vague, car cela dépend de la densité de sa composition (plutôt rocheuse ou plutôt métallique) mais on estime qu’elle respecte plus ou moins les proportions d’un abricot. Son aspect est « cramé », comme du charbon, avec une texture mat et non pas brillante. Elle ne présente pas d’arrête tranchante, ses bords sont émoussés, et ses surfaces plutôt planes. Si vous pensez l’avoir trouvé, rapprochez-vous de Vigie Ciel ou de la Ferme des étoiles.

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