Lac de Caussade : réglé pour de bon ?

Dernière mise à jour : 23 mars 2020

Si le mot feuilleton est parfois galvaudé, il ne l’est pas lorsqu’il s’agit du dossier de Caussade. En l’espace de quelques jours, la hache de guerre a été déterrée…  puis enterrée à nouveau. Personne n’est à l’abri d’un nouveau rebondissement, les épisodes passés sont là pour en témoigner, mais l’heure est pour le moment à l’apaisement avec une sortie de crise. Retour sur les évènements récents.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf



1 Les agriculteurs prêts pour « la guerre » //

Au cours de la semaine dernière, la Coordination rurale 47 lançait les hostilités. Un « conseil de défense extraordinaire » du syndicat majoritaire à la Chambre d’agriculture (qui porte le projet de retenue) décrétait une mise en ordre de bataille. L’objectif : « préparer la guerre pour avoir la paix ». Dans une prose toute belliqueuse, les agriculteurs affirmaient ne pas se dérober face à l’Etat « quoi qu’il en coûte ». « L’eau du lac irriguera nos champs, comme le sang irrigue notre corps, vitaux tous les deux. Si l’une est versée, le nôtre le sera aussi », annonçaient-ils.

L’appel à mobilisation lundi matin a été largement suivi. Ils étaient environ 500 à dresser des barrages filtrants aux abords du bourg de Saint-Pierre-de-Caubel. L’initiative revêtait trois enjeux : faire une démonstration de force, informer la population sur l’importance de ce dossier et empêcher toute intervention de la préfecture sur le site.

Car l’objet du contentieux réanimé, c’est l’intention des services de l’Etat de procéder à la vidange complète du lac. « Malgré le risque de rupture de l’ouvrage (ndlr, selon un rapport d’ANTEA Group), malgré les conséquences pour les personnes et pour les biens, malgré mes lettres de mise en demeure, la Chambre d’agriculture persiste dans la poursuite du remplissage de la retenue », déplorait Béatrice Lagarde ces dernières semaines, au point d’annoncer des travaux d’office à venir.

Sur le pied de guerre, les agriculteurs étaient donc prêts à faire front. « Que Paris décide sans arrêt pour nous de ce qui se passe ici, c’est insupportable. Et maintenant, l’administration digère mal que ce lac ait pu être fait malgré tout. C’est en train de devenir une affaire d’Etat. Ils veulent faire de nous un exemple, mais ils n’y arriveront pas », lançait lundi Patrick Franken, élu à la Chambre, encore président de la CR47 il y a peu et président de l’ASA Caussade. La retenue de 920 000 m3 est aujourd’hui remplie à 80%, notamment grâce aux fortes pluies de l’hiver. « C’est de l’eau qui sera nécessaire pour cet été. Ce serait un non sens de la vider. D’autant plus que le lac joue actuellement un rôle d’écrêteur de crue. Sans son remplissage, on aurait probablement assisté à des inondations sur le bassin du Tolzac, voire de la Garonne en aval. Capter l’eau quand elle est en excédent, c’est tout à fait pertinent », ajoutait Patrick Franken.



En début de semaine, les agriculteurs ont fait une démonstration de force avec une forte mobilisation et des barrages filtrants. Mais pendant ce temps-là, la préfecture préparait surtout une sortie de crise du côté de Paris.


« C’est une ­solution de souplesse à court terme et non pas une ­régularisation. »

Béatrice Lagarde, préfète de Lot-et-Garonne


2 Les technocrates à la recherche d’un compromis //

Tandis que la Coordination rurale se disait prête à rester mobilisée aussi longtemps que nécessaire, une réunion se jouait à Paris ce mardi, dans les bureaux d’Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire. Etaient présents la préfète de Lot-et-Garonne Béatrice Lagarde et plusieurs élus, dont les députés Olivier Damaisin et Michel Lauzzana ainsi que le vice-président du Conseil départemental en charge de l’Agriculture, Raymond Girardi.

De cette réunion jugée par tous « constructive et utile » est sorti « un véritable consensus sur le fait qu’il faut sortir par le haut ». Est ainsi proposée une gouvernance partenariale entre tous les acteurs et non plus un rapport de force. Surtout, l’Etat ouvre ici une porte avec un compromis. « En clair, à court terme, nous ne serions plus dans l’optique d’une vidange immédiate de la retenue mais de négocier un niveau d’eau compatible et que des contrôles quotidiens puissent être menés par un bureau d’études agréé », explique Béatrice Lagarde. Comprenez ici que le lac restera en eau, selon un volume jugé raisonnable. « A l’issue de l’été, poursuit la préfète, vers le mois d’octobre, une vidange complète du lac devra être assurée pour mener une analyse approfondie des travaux complémentaires à mener pour garantir la sécurité de l’ouvrage qui sera autorisé à terme. » Une nouvelle réunion, au niveau local cette fois, se tiendra dans les prochains jours avec les services de l’Etat, les élus et les représentants des agriculteurs pour définir et formaliser toutes les modalités. Béatrice Lagarde tient toutefois à préciser qu’il s’agit d’une « solution de souplesse » et non d’une régularisation.

Olivier Damaisin a exprimé « le sentiment d’un travail bien accompli sans gagnants ni perdants ». Même constat chez son homologue Michel Lauzzana, qui se réjouit de l’implication générale avant d’appeler à « faire baisser la pression ». Pour Raymond Girardi, « l’important, c’est que les agriculteurs puissent disposer de l’eau pour la campagne d’été ». Ce dernier réitère, à l’instar de la majorité des élus locaux, « la raison d’exister » et « l’utilité » de cette retenue qui ne sont « contestées par personne ».


3 Soulagement chez les promoteurs du lac //

Dès mardi soir, Serge Bousquet-Cassagne, Pascal Béteille et Patrick Franken, respectivement présidents de la Chambre, de la CR47 et de l’ASA Caussade, ont co-signé un communiqué apaisant les tensions. « Le spectre de la vidange du lac de Caussade s’éloigne ! Nous attendons le compte-rendu officiel et les propositions de Madame Le Préfet du Lot-et-Garonne puisqu’il semblerait que ce soit elle qui reprenne le dossier, ce qui est une bonne chose. D’ores et déjà, humblement, nous nous mettons à sa disposition ainsi qu’à la disposition de nos élus locaux qui ont fait le job. Nous les en remercions. Nous n’oublions pas Madame La Préfète de Région Fabienne Buccio, facilitatrice depuis le début des événements. Relocaliser le centre de décision est frappé au coin du bon sens. Merci à Jean Dionis du Séjour et à Raymond Girardi d’avoir porté cette proposition », précise le texte.

Serge Bousquet-Cassagne confirme : « C’est une excellente nouvelle, c’est ce que l’on plaidait depuis un moment, on l’a obtenu. » Le président consulaire est par ailleurs extrêmement confiant pour la suite. « Tous les jours ils vont venir regarder si la digue ne bouge pas. Idem une fois que le lac sera vidangé. Ils vérifieront si la digue a tenu ou pas, et ils seront forcés d’admettre qu’elle n’a pas bougé en un an complet. Il n’y a pas de dangerosité, on le répète depuis le début. Tout ça n’est que politique, mais ça avance enfin dans le bon sens. »



Le lac est aujourd’hui rempli à 80% et ne sera pas vidangé avant l’automne. La crise semble passée.

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