Lot-et-Garonne // Lac de Caussade : les bâtisseurs lourdement condamnés

La Chambre d’agriculture, son président Serge Bousquet-Cassagne et son vice-président Patrick Franken ont été jugés coupables de tous les faits qui leur étaient reprochés avec de la prison ferme et de lourdes amendes à la clé.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken font appel des jugements du tribunal correctionnel d’Agen.


Ils se sont fait violemment taper sur les doigts, mais n’ont pas fléchi ! Appelés à la barre ce vendredi 10 juillet pour le délibéré, Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken sont restés fidèles à eux-mêmes. Les deux principaux promoteurs du lac de Caussade ont écopé de lourdes peines, sans pour autant apparaître abattus. Plutôt que d’une défaite, ils parlent de « consécration ». Le tribunal correctionnel d’Agen les juge pourtant « coupables de tous les faits » qui leur étaient reprochés. Les condamnations prononcées à leur encontre conjuguées aux révocations de précédents sursis ont abouti à un total de 22 mois de prison ferme pour Patrick Franken, et 13 mois de prison de ferme pour Serge Bousquet-Cassagne. Le tout est assorti de 7 000 euros d’amende pour chacun. La Chambre d’agriculture écope quant à elle de 40 000 € d’amende dont la moitié avec sursis.


« Je pensais qu’il n’y avait qu’au Chili ou en Tchéquoslovaquie de l’ancien monde qu’il pouvait y avoir des procès comme ça. Ils ont écrasé une mouche avec un marteau-pilon. » Serge Bousquet-Cassagne

Ils devront aussi verser près de 65 000 € aux associations environnementales qui se sont constituées parties civiles (notamment France Nature Environnement et la Sepanso) à titre de préjudice moral ainsi que 32 000 € à Enedis pour avoir endommagé une ligne à haute tension. Une addition particulièrement salée qui fera d’ailleurs l’objet d’un appel.


« Condamnés d’avance »

A leur sortie du palais de justice, les protagonistes de cette affaire se sont longuement confiés avec le franc-parler qui les caractérise. « On était condamnés d’avance, soulignait Serge Bousquet-Cassagne. On savait ce qui allait se passer. On n’avait simplement pas mesuré l’agressivité du président du tribunal envers nous. L’instruction était complètement à charge, avec des décisions arbitraires. Deux mondes se sont affrontés. On peut vraiment dire qu’ils nous ont épinglés au mur des cons. Je pensais qu’il n’y avait qu’au Chili ou en Tchéquoslovaquie de l’ancien monde qu’il pouvait y avoir des procès comme ça. Ils ont écrasé une mouche avec un marteau-pilon, ils voulaient marquer le coup, sachant que l’on ferait appel ensuite. C’est le jeu de la justice. Je suis quand même étonné et surpris car on était, paraît-il, en négociation avec l’Etat pour sortir par le haut de cette affaire. Normalement, on ne prend pas de coups de couteau dans le dos de la part de ceux avec qui on négocie... »


« On n’est pas des délinquants notoires, on n’a tué personne. Et on a été condamnés à de la prison ferme, c’est gravissime. On aurait tué des gendarmes, on serait peut-être libérés aujourd’hui. » Patrick Franken

Patrick Franken se tient sur la même ligne. « Les personnes qui nous ont jugés ne connaissent rien au problème. Il a été exposé partiellement et va bien au-delà de nos personnes. Mais enfin, c’est quand même nous qui payons. On a fait les travaux sans intérêt particulier, on n’a pas pris d’argent. On a travaillé pour les autres. On n’est pas des délinquants notoires, on n’a tué personne. Et on a été condamnés à de la prison ferme, c’est gravissime. On aurait tué des gendarmes, on serait peut-être libérés aujourd’hui. L’autre vrai scandale c’est de piocher dans les poches de civils comme nous pour alimenter les associations environnementales qui ont pignon sur rue mais pas d’élus. C’est lamentable. »


22 & 13 mois de prison ferme prononcés ­respectivement à l’encontre de Patrick Franken et Serge Bousquet-Cassagne, en plus des multiples amendes.

Aucun regret

En dépit des sanctions, ils affirment n’avoir aucun regret. « On le referait, évidemment. On a fait ce lac, il fonctionne. On a d’ailleurs lâché de l’eau jeudi pour que les agriculteurs puissent irriguer. L’objectif est rempli. » Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken se consolent également avec le fait que le tribunal n’a pas demandé la remise en état du site. « Cela veut dire qu’ils ont compris que la demande de la procureure était farfelue et qu’ils allaient un peu loin. » Enfin, ils s’estiment confortés dans leurs positions par les nombreux soutiens locaux, à l’image des « 800 personnes » présentes le mardi précédent l’audience au marché gourmand de Saint-Pierre de Caubel, au pied du lac.


La provocation jusqu’au bout

Lorsque Patrick Franken et Serge Bousquet-Cassagne ont été appelés à la barre de la salle d’audience pour entendre le délibéré, ils sont arrivés lunettes de vue sur la tête et chewing-gum à la bouche. Une attitude qui n’a pas du tout plu au président du tribunal. « Vous n’êtes pas à la plage », a-t-il lancé, leur demandant de se taire lorsque ceux-ci se justifiaient. « La provocation au tribunal correctionnel, ça ne marche pas. L’outrage n’est pas seulement verbal. Il peut aussi résulter d’un comportement. »



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