Les grandes confessions de Philippe Ginestet

Le patron et fondateur de Gifi a publié fin 2020 un livre dans lequel il revient sur son parcours, les évènements récents qui l’ont touché et sur sa vision actuelle de l’économie. La rédaction de Quidam l’a rencontré pour évoquer cet ouvrage avec lui.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Quidam : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Philippe Ginestet : Cela fait maintenant dix ans que je connais Didier Pitelet (ndlr, expert reconnu en communication et management). Il m’a suivi dans de nombreux entretiens, participé à des séminaires. Il m’a confié n’avoir jamais découvert une entreprise comme la mienne, avec une culture aussi forte, et a beaucoup insisté sur le fait de le faire savoir. Pendant le confinement, nous avons beaucoup échangé et c’est là qu’il m’a dit de prendre des notes et d’écrire un livre. J’ai pris la décision en mars 2020, j’ai fini les écritures en août puis c’est parti chez l’éditeur en septembre. Mais ce n’était pas mon premier livre. J’en avais déjà écrit un il y a environ vingt ans : La vie est une aventure.


Quidam : A qui s’adresse cet ouvrage ?

P. G. : Ma première pensée est bien évidemment pour mes collaborateurs. J’ai rêvé de voir sortir ce bouquin pour eux avant tout. J’ai parfois l’impression qu’ils savent tout de moi mais en réalité, ils n’en ont souvent qu’un morceau.


Quidam : Vous allez droit au but dès les premières lignes, révélant votre cancer. La suite est dans la même veine avec une grande franchise sur de nombreux sujets comme votre rapport à l’argent. Cette totale transparence était-elle nécessaire pour vous ?

P. G. : Si j’avais dû m’autocensurer, je ne l’aurais pas écrit. Hormis certains détails de ma vie privée, l’objectif était de tout raconter dans la plus grande honnêteté. J’ai voulu mon histoire comme je suis dans la vie : authentique.


Quidam : Quand avez-vous compris que votre vie était hors du commun ?

P. G. : En 2000, un journaliste de l’émission Défense d’entrer a souhaité faire un reportage sur mon chalet à Megève. On a sympathisé et j’ai accepté. Sauf qu’à l’époque, il y avait des actionnaires et ils ne voulaient pas que je parle de Gifi. Le reportage s’est donc centré sur ma vie, celle d’un homme parti de rien. A l’époque, tout le monde avait un peu peur de s’ouvrir comme ça, dans les médias. Pour ma part, j’ai beaucoup gagné en confiance. Cette télé a été un tremplin.


Quidam : On est à mi-chemin entre l’autobiographie et le livre de développement personnel. On vous voit notamment adresser beaucoup de messages optimistes, en particulier vis-à-vis de la jeune génération…

P.G. : C’est important de délivrer un message positif, plein d’espoir. Mon leitmotiv, c’est que rien n’est impossible. J’ai déjà reçu plein de témoignages de gens qui se sont servis de mon livre pour rebondir. C’est extrêmement touchant. Quant à la jeunesse, j’entends souvent beaucoup de critiques à son égard. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier mais ils ont bien d’autres qualités. Il faut savoir les mettre en confiance dans notre difficile métier de la distribution. Je crois profondément en eux. Et si mes positions à ce sujet peuvent participer à créer un mouvement, j’en serai ravi.


Quidam : Votre état d’esprit entreprenant a bâti votre succès. Encouragez-vous vos équipes à se lancer à leur tour ?

P. G. : Avec nos magasins gérés par des mandataires, on le fait déjà. Je tiens à ce que ceux qui le souhaitent puissent devenir un jour patron à leur tour, pour s’organiser de la manière dont ils le souhaitent. C’est dans notre ADN de faire émerger des talents, à tous les échelons de l’entreprise, y compris pour les guider vers l’entrepreneuriat.


Quidam : Vous déplorez les « artifices » marketing de certaines entreprises pour défendre le bien-être au travail tout en vantant la « culture » très forte chez Gifi. Pourquoi est-ce différent chez vous ?

P. G. : Je n’oblige pas mes collaborateurs à dire "J’aime ma boîte". Si j’ouvrais ma boîte mail, vous verriez le nombre de messages personnels que je reçois de gens qui disent "Je vous aime". Sincèrement.


Quidam : Votre témoignage parle essentiellement de vos réussites. Y a-t-il eu des échecs marquants pour vous ?

P.G. : Bien sûr que j’ai connu des échecs et heureusement. En 2005 par exemple. Malgré nos 60 000 m2 de dépôts à Villeneuve, il nous fallait aussi des entrepôts dans le Nord. Je voulais dupliquer le même modèle sauf qu’en faisant sous-traiter, le prestataire a mis notre société en difficulté. A cette même période, j’avais l’ambition de créer une nouvelle enseigne, différente de Gifi, autour des meubles et de la décoration. Un concept très moderne avec des écrans partout où on aurait pu voir en direct les produits s’accordant bien avec son intérieur. A cause des problèmes liés à la logistique, on n’a pas lancé ce projet. Et quand je vois le développement d’enseignes positionnées sur ce créneau aujourd’hui, j’ai ce petit regret de ne pas avoir pu aller au bout de mon idée.


Quidam : Vous dîtes dans votre livre ne pas penser à la retraite. Pourquoi ?

P. G. : Avec ce qui m’est arrivé en 2020 (ndlr, le cancer), j’aurais pu prendre du recul. Il y a un peu plus d’un an, je rentrais à l’hôpital avec une opération lourde à la clé. Et quand je pensais enfin que tout allait bien, au moment où je reprenais des forces, j’ai dû repartir à l’hôpital en juillet-août pour deux mois supplémentaires. Ce fut éprouvant. D’autant plus que ce n’était pas le seul combat que je devais mener de front. 2020 devait être ma plus belle année et je dis aujourd’hui qu’elle l’a été. J’ai non seulement sauvé ma vie mais aussi mon entreprise et ses emplois. Maintenant, tout ce à quoi j’aspire, c’est de faire un peu de vélo le matin et de m’occuper de ma boîte l’après-midi. Pas la retraite…


Renseignements //

La vie est une idée de génie

Ed. Eyrolles

Tarif : 18€

376 vues0 commentaire