LE DEPARTEMENT RESTE NETTEMENT GAUCHE

Après une campagne à nulle autre pareille, marquée par les reports, le doublon avec les régionales et la difficulté de battre le terrain, les lecteurs ont parlé et ils ont décidé d’accorder leur confiance aux sortants.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf



L’analyse par les chiffres //


12-7-1-1

C’est le rapport de force à l’issue de ce scrutin 2021. L’union de la gauche, victorieuse sur 12 cantons, soit cinq de plus que la droite, s’assure donc une nette majorité. En prenant Tonneins, Les 47 font leur entrée dans le conseil et s’inscriront sans aucun doute dans l’opposition. La Dynamique citoyenne, emmenée par le duo Delbrel-Maillard, conserve sa place et jouera une nouvelle fois la carte de l’indépendance.


58,9 %

C’est le taux d’abstention du second tour des élections départementales. C’est mieux que lors du premier tour (environ 4300 électeurs de plus). Compte tenu de la faible présence du Rassemblement national au second tour, avec des électeurs qui se reportent peu sur les autres listes en cas d’échec, il s’agit d’une évolution honorable.


+ 6586

Lors de ce second tour, la Majorité départementale a glané 39 111 suffrages contre 32 525 au premier tour, soit une augmentation de 6586 voix, et ce sur dix-huit cantons au lieu de vingt. Une progression très nette, supérieure même à celle de la participation. Alors qu’on pensait le réservoir réduit pour la gauche lot-et-garonnaise, la prophétie de Sophie Borderie s’est avérée juste. Suffisante en tout cas pour rester majoritaire sur une douzaine de cantons même s’il s’en est fallu de peu sur plusieurs d’entre eux. L’hémicycle de Saint-Jacques sera encore rose pour les six prochaines années.


46 685

voix pour l’association « de fortune » entre 100% Lot-et-Garonne et Les 47 (par ailleurs adversaires au second tour sur le Livradais). Ce qui fait de la droite une potentielle force majoritaire en Lot-et-Garonne. La compatibilité des électeurs de ces deux groupes s’est vérifiée entre les deux tours avec, pour eux aussi, une belle progression et surtout des reports de voix bien réels. Cependant, comme en sport, dominer n’est pas gagner. Le nombre global de bulletins importe peu quand on ne remporte pas les cantons et c’est la répartition qui a cette fois péché. L’absence de compromis (si tant est qu’il fut un jour possible) au lancement de la campagne leur coûte peut-être la victoire. Peuvent-ils s’entendre à l’avenir ? Les 47 vont-ils poursuivre sur leur lancée et rester émancipés ? Pierre Chollet confirme en tout cas, pour sa part, son souhait de « rester en contact » avec la Coordination rurale.

Toujours dans le registre « politique-fiction », on pourrait aussi arguer que sans la présence des syndicalistes agricoles, le Rassemblement national aurait été au second tour dans plus de cantons, réduisant d’autant plus la compétitivité de l’union de centre-droit.


3

C’est le nombre de cantons où l’écart entre le binôme vainqueur et son dauphin est inférieur à 150 voix. C’est le cas à Agen 4, l’Ouest Agenais et Villeneuve 2. Ce qui laisse d’importants regrets au chef de file de l’opposition. « Je pense qu’une abstention aussi forte nous a avantagés au premier tour, évitant de fait les dangereuses triangulaires mais nous a desservis au second tour en nous empêchant de prendre ces cantons à notre portée ainsi que le Fumélois. Avec une participation équivalente à celle de 2015, je pense que les résultats auraient été très différents », analyse Pierre Chollet.


19

Dans tous les cantons sauf deux (Pays de Serres et Tonneins), les binômes arrivés en tête à l’issue du premier tour sont parvenus à conserver leur avantage pour l’emporter. Les deux exceptions ont toujours été au détriment de la gauche.


2

Comme le nombre de ténors de Saint-Jacques qui ne renouvelleront pas leur bail. Comme pressenti après le premier tour, Raymond Girardi n’a pas su conserver les Forêts de Gascogne. C’était pourtant l’un des vice-présidents les plus en vue de la majorité avec sa délégation Agriculture ainsi que la gestion du dossier Center Parcs. Dans l’autre camp, c’est Clémence Brandolin-Robert qui échoue à 131 voix d’un nouveau mandat, battue par la paire Mirande-Lavit. Les votes passageois ont fait la différence sur ce canton Agen 4.


Sophie Borderie devrait rester présidente du CD 47.


Réaction de Sophie Borderie // (Majorité départementale)

« La première impression est la satisfaction au regard des résultats, même si l’abstention reste préoccupante. Il faudra d’ailleurs se poser des questions de fond sur la désertion des urnes par les électeurs. On a gardé douze cantons grâce à un discours très clair et cohérent, un centre de gravité à gauche, la défense des valeurs humanistes et progressistes autour d’un programme au service des Lot-et-Garonnais. J’ai toujours pensé qu’on avait des réserves de voix chez les abstentionnistes et notre travail de terrain dans l’entre-deux-tours a payé. Certains cantons se sont joués à peu de choses mais que l’on gagne de 50 ou 400 voix, la légitimité des élus est la même. Et puis là où c’était le plus serré, nous présentions de nouveaux candidats ou faisions face à des sortants. Cela reste donc une belle réussite. Maintenant que nous sommes élus, nous nous devons de tenir nos engagements et mettre en œuvre notre programme. Quant à l’arrivée des 47 dans l’hémicycle, je reste dubitative. Je suis un peu inquiète au regard de certaines de leurs propositions très éloignées des compétences du Département. Nous respecterons bien évidemment ces élus et nous travaillerons avec eux comme avec le reste de l’opposition. »


Réaction de Pierre Chollet // (100% Lot-et-Garonne)

« Si je suis très heureux et touché par la victoire du binôme que je forme avec Baya Kherkhach sur le canton Agen 3, je suis évidemment déçu de la défaite de l’union du centre et de la droite au niveau départemental, même si elle a tout de même permis à nos familles de se refaire une santé. Contrairement à ce que certains disent, ça n’est vraiment pas passé loin, on a fait vaciller la majorité. Maintenant, nous sommes des républicains. Les patrons sont les électeurs et nous respecterons leur choix. Nous savons être dignes dans la victoire comme dans la défaite. Nous poursuivrons notre engagement comme lors des six dernières années, en formant une opposition constructive, en étant force de propositions. Les problèmes sont toujours là : difficultés de retour à l’emploi, désertification médicale, insécurité dans les collèges, manque d’infrastructures... Nous nous battrons ainsi pour améliorer le quotidien des Lot-et-Garonnais. »


Réaction de Christian Delbrel // (Dynamique citoyenne)

« Me concernant, je ressens une grande fierté et une incroyable reconnaissance si je me réfère au score dans ma commune (ndlr, 89% des voix à Pont-du-Casse). Notre quatuor arc-en-ciel correspond à notre canton, à ses différentes communes et sensibilités. Nous nous sommes appuyés sur un bon bilan et un bon programme, avec des chiffres et des faits concrets. Nous avons d’abord défendu les intérêts de notre canton, devant ceux du département. De cette construction a dépendu une grande partie de succès. C’est aussi une grande victoire de la liberté et de l’indépendance qui ont été les nôtres du début à la fin. La démocratie et les partis politiques sont malades de leur sectarisme. Il faut s’ouvrir, ce qu’on a fait. Pour le mandat à venir, on continuera à travailler pour la Dynamique citoyenne, sans se rallier à la majorité ni à l’opposition. D’un point de vue général, je pense que l’abstention a faussé la donne, dans la mesure où il n’y a pas eu de triangulaire. La victoire de la majorité sortante est éclatante avec 12 cantons. Le bilan de leur mandat a pesé ainsi que leur statut de sortant. Je serai plus critique vis-à-vis de l’opposition qui n’a pas fait le meilleur casting selon moi. »

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