Le Département sur tous les fronts

Réuni en séance vendredi 25 septembre, le Conseil départemental a voté deux délibérations, l’une concernant le financement d’une prime Covid, l’autre pour amplifier la lutte contre la pauvreté. Il fut également question de démographie médicale, d’infrastructure routière et de tissu associatif.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf


1 – Prime Covid //

La crise du coronavirus a mis en évidence l’engagement de certaines professions, notamment dans le milieu de la santé. Le gouvernement a ainsi annoncé l’attribution d’une prime exceptionnelle d’un montant maximal de 1000 euros pour ceux qui ont été particulièrement mobilisés sur le front. Les salariés des services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) en font partie. En Lot-et-Garonne, cela représente environ 2000 personnes.

Devant la question du financement de cette mesure, sachant que le Conseil départemental possède la compétence sociale, la situation s’est légèrement crispée. La présidente du CD47, Sophie Borderie, et ses homologues ont regretté que le gouvernement ignore le principe fondamental du « qui décide paie ». Face à la gronde, l’Etat a finalement revu sa copie, acceptant de prendre en charge 50% de la prime, en contrepartie d’un effort équivalent des collectivités territoriales. Ce vendredi 25 septembre, les élus départementaux ont accepté ces nouvelles modalités et devraient organiser en outre en novembre des états généraux des services de l’aide à domicile.

Dans cette affaire, Sophie Borderie et sa majorité étaient bien décidés à imposer une parfaite équité « sans avoir à choisir entre les salariés qui pourront prétendre à cette prime et ceux qui en seront exclus ». C’est pourquoi ils mènent un véritable combat pour ouvrir ces mêmes droits aux personnels des établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) relevant de leur charge, soit environ 900 équivalents temps-pleins.

« Le CD47 donnera quoi qu’il arrive sa part, soit 500 euros maximum par personne. Ce n’est pas le cas de l’Etat qui fait du chantage en disant que si on ne donne rien, ils ne donneront rien non plus », murmure-t-on dans les coursives de l’Hôtel Saint-Jacques.

Au total, cela représente une enveloppe de 1 million d’euros pour le Département. L’opposition adhère à cette initiative mais attend plus de précisions sur les modalités d’attribution de la prime et exige également que cette dépense imprévue soit supportée par une coupe budgétaire sur un autre poste.


Le montant exact des primes est calculé selon le temps de travail effectif sur la période allant du 1er mars au 30 avril 2020.


2 – Lutte contre la pauvreté //

En Lot-et-Garonne, le taux de pauvreté est de 17,2% contre 13,7% en moyenne sur la région Nouvelle-Aquitaine. Les jeunes sont plus particulièrement touchés. Et la situation ne devrait pas s’améliorer avec les conséquences à retardement de la crise économique qui s’apprête à frapper le pays. Le Département veut ainsi renforcer les moyens de lutte contre la pauvreté. Bien aidé par une participation en hausse de l’Etat (+46%) par rapport à 2019, le CD47 va pouvoir poursuivre les actions engagées l’an passé et en démarrer de nouvelles. Parmi les mesures destinées à réduire la précarité des ménages, on peut noter l’expérimentation permettant aux bénéficiaires du RSA de cumuler avec une activité professionnelle. « Ce dispositif commence à porter ses fruits. A la fin août, une trentaine de personnes ont fait valoir ce droit, pour moitié dans l’agriculture, l’autre dans l’agroalimentaire. Depuis la fin de l’été, il est constaté une accélération des prises de contact et des demandes, laissant présager une augmentation des bénéficiaires », indique la vice-présidente Christine Gonzato-Roque. De ce fait, le cumul RSA-activité sera prolongé jusqu’en décembre 2021. A côté de cela, les efforts se porteront notamment sur l’orientation, l’accompagnement, la formation.


3 – Démographie médicale //

Si c’est une compétence qui relève de l’Etat, la démographie médicale est un enjeu majeur pour les territoires, qui plus est en milieu rural. Le Conseil départemental s’est mobilisé très tôt sur le sujet en créant une commission dédiée, la Coddem, et en élaborant un plan global de lutte contre la désertification. Depuis 2012, ce sont pas moins de 2,8 millions d’euros qui ont été injectés pour favoriser l’implantation de médecins généralistes en Lot-et-Garonne. Somme qui se matérialise entre autres par 22 maisons de santé et 3 de plus en cours d’instruction.

« Au niveau national, nous constatons que les mesures annoncées ces dernières années ne permettent pas de lutter partout et durablement contre ce phénomène. Je pense par exemple au dispositif dit "médecins Buzyn" qui est un échec », affirme Sophie Borderie. Pour prendre les devants dans ce dossier, cette dernière propose une nouvelle stratégie départementale concertée. Une enveloppe de 1 M€ sera dégagée pour la période 2021-2024 pour accompagner les initiatives locales. Eviter la concurrence des intercommunalités entres elles est l’un des objectifs prioritaires de ce plan grâce à une coordination de l’ensemble des projets. « En outre, le Département amplifiera sa politique d’attractivité en ciblant les professions de santé », poursuit la présidente. En revanche, le projet de création d’un centre de santé départemental n’est plus à l’ordre du jour, car considéré comme « inadapté à la situation actuelle ». Le leader de l’opposition Guillaume Lepers regrette cette posture, d’autant plus que ce projet devait s’implanter sur la zone du Grand Villeneuvois. La majorité confie cependant qu’elle n’hésitera pas à rouvrir le dossier le cas échéant.

Du côté des chiffres, l’Ordre des médecins recense à ce jour 214 généralistes en Lot-et-Garonne, contre 293 il y a une douzaine d’années. Si cette chute est extrêmement préoccupante, qui plus est en tenant compte du départ à la retraite imminent de certains praticiens encore actifs, elle est néanmoins un peu plus faible que les projections le laissaient présager.


4 – RN 21 //

Alors que la modernisation de la seule route nationale traversant le Lot-et-Garonne s’éternise, les différentes collectivités concernées ont co-signé avec le Conseil départemental une lettre adressée au Premier ministre Jean Castex. L’objectif est ici de se positionner pour s’inscrire dans le plan exceptionnel « France Relance » et donc de bénéficier d’une petite fraction des 100 milliards d’euros annoncés. La missive rappelle les engagements du Contrat de plan Etat-Région à hauteur de 36 M€ pour aménager la RN21 entre La Croix-Blanche et Monbalen. L’Etat doit fournir 60% de cette somme (soit 21,6 M€) mais n’a à ce jour débloqué que 2 M€ alors que le CPER prend fin cette année. En plus de ce tronçon, les signataires demandent à ce que les travaux (et non pas les études déjà lancées) du pont et du barreau de Camélat ainsi que de la section La Croix-Blanche Foulayronnes soient inscrits au prochain CPER 2021-2027.

« Notre territoire ne peut pas laisser passer un tel investissement que les Lot-et-Garonnais attendent depuis des décennies et qui va générer des centaines d’emplois », mentionne le courrier. Il en va du désenclavement de la partie nord-est du département.


5 – Soutien aux associations //

Afin de préserver le tissu associatif lot-et-garonnais, le Conseil départemental a pris des mesures tôt dans la crise. Il a ainsi été décidé de maintenir intégralement les subventions de fonctionnement et d’en accélérer les versements (6 M€ dès le début du mois de mai). Les manifestations annulées ont également été soutenues dans la limite des dépenses engagées. Le 3 juillet dernier, s’est ajouté à cela un fonds exceptionnel de 1,4 M€ pour des secteurs jugés prioritaires dont le secteur associatif pour 350 000 €.

La priorité sera donnée aux assos sportives employeuses (dont celles de haut niveau) car les plus affectées par la crise en termes de trésorerie et aux assos « développement durable et citoyenneté » justifiant une perte de recettes ou une fragilisation.

Les assos culturelles ne seront pas laissées de côté. Les compagnies ayant des projets sur deux dates minimum ainsi que les lieux de diffusion (salles de concerts, spectacles, cinémas, sites patrimoniaux) sont ciblés. Enfin, les structures en péril pourront candidater à des aides exceptionnelles de sauvegarde.

Les dossiers devront être déposés au plus tard le 23 octobre.



51 vues0 commentaire