Le canal des deux-mers, nouvel El Dorado du fret ?

Le transport fluvial a quitté le canal des Deux-Mers il y a de nombreuses années mais pourrait revenir en force grâce à la détermination de bateliers et l’implication récente des collectivités.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Collectivités, bateliers, entrepreneurs et institutionnels veulent collaborer pour relancer ce mode de transport aux nombreux atouts


Que l’on navigue à la barre d’une péniche où que l’on se promène le long des berges, le canal est l’attraction touristique agenaise par excellence. Et que dire de la carte postale du « port » avec le coteau de l’Ermitage en toile de fond... Mais ce seul aspect ne saurait suffire à décrire l’œuvre de Jean-Baptiste de Baudre*. Ce cours d’eau artificiel peut également constituer une très belle ressource économique.

Personne n’ignore l’importance du transport de marchandises de nos jours, et certainement pas l’Agglo d’Agen qui même décidé de spécialiser sa toute nouvelle technopole dans la logistique. Pour réduire l’impact environnemental, on reparle régulièrement du fret ferroviaire. Et si le fluvial avait lui aussi un rôle important à jouer ? C’est en tout cas tout le combat de l’association Vivre le Canal, présidée par le batelier Jean-Marc Samuel qui s’active sur le sujet depuis près de vingt ans. Avec le soutien des Voies navigables de France et de certaines collectivités dont la municipalité agenaise, les choses pourraient évoluer dans les années.

Ce mode de transport demeure ultra-minoritaire en France (environ 3%) alors que ses atouts sont indéniables. En l’état, une barge chargée, c’est une dizaine de poids-lourds en moins sur les routes, quatre fois moins de CO2 émis et une réduction considérable des risques d’accident. De quoi voir la vie en vert… Si la Garonne n’est pas praticable sur toute sa longueur, le canal des Deux-Mers, en revanche, semble parfait pour remplir cette mission. Il le faisait déjà à merveille il y a plusieurs décennies.


Convaincre les industriels

Encore faut-il que cela se sache. Avec le bateau baptisé Tourmente qui pourrait embarquer jusqu’à 140 tonnes, Vivre le Canal sillonne les villes concernées pour faire de la pédagogie sur la question. Voies navigables de France assure aussi sa part du lobbying pour relancer le fret fluvial après 20 ans d’absence sur le canal. « Nous avons différents plans d’aide, à la fois pour améliorer les infrastructures mais également pour soutenir les projets innovants », indique Dominique Barras, représentant de VNF pour les départements 33, 47 et 82.

A leur tour, les collectivités commencent à rentrer dans la boucle. « On doit avoir un rôle d’agitateurs dans ce dossier, confie Jean Pinasseau, adjoint à la mairie d’Agen. Il faut sortir de la querelle des territoires pour lancer une vraie collaboration, que toutes les institutions concernées s’entendent. »

Une première pierre pourrait être posée avec Valoregen. Cette entreprise installée sur l’écoparc de Damazan innove dans le domaine du recyclage de plastique. « Nous comptons utiliser le fluvial pour transporter une fraction de nos déchets jusqu’à Bordeaux », explique le patron Thierry Pérez, qui estime le flux, à terme, à plus de 13 000 tonnes. D’autres industriels pourraient suivre par la suite. « Palette par palette, on passera d’un effet d’annonce à l’amorçage d’une filière à part entière », déclare Jean-Marc Samuel.


* Jean-Baptiste de Baudre a supervisé la réalisation du canal latéral à la Garonne entre Bordeaux et Toulouse. Le canal du Midi qui assure la continuité

jusqu’à la Méditerranée est quant à lui signé Pierre-Paul Riquet.

L’ensemble des deux ouvrages est baptisé canal des Deux-Mers.


L’hydrogène en développement

pour un transport encore plus vert

Si le fret fluvial s’avère déjà, à ce jour, plus écologique que le transport routier, il pourrait prendre encore quelques longueurs d’avance supplémentaires avec le développement de la propulsion à l’hydrogène. L’association Vivre le Canal est déjà à pied d’œuvre, tout comme le syndicat Territoire d’énergies 47.




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