Lac de Caussade : un grand rassemblement populaire au soutien des « bâtisseurs »

Jeudi 28 octobre s’est tenu le procès en appel de Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken, respectivement président et vice-président de la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, sur la construction illégale du lac de Caussade. Le monde paysan et des élus locaux étaient présents pour apporter leur soutien aux accusés.

De notre journaliste : Charlotte Charlier

Serge Bousquet-Cassagne a rejoint en fin de matinée le rassemblement place Armand-Fallières. Tous se sont succédés pour lui manifester un soutien sans faille.


Dès le matin, aux alentours de 9h, le secteur du palais de justice est bouclé par les forces de l’ordre. Sur la place Armand-Fallières, un rassemblement commence à se former, avec des tables et barbecues installés à quelques mètres des grilles du tribunal... En fin de matinée, c’est une véritable vague jaune qui s’est formée, avec 800 à 1 000 personnes attendues. Et pour cause, toutes les coordinations rurales étaient appelées à venir manifester le jour du procès en appel de Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken, pour la construction dite illégale du lac de Caussade, sur la commune de Pinel-Hauterive, trois ans en arrière. Des agriculteurs de la Lozère, Touraine, Nièvre ou encore Bretagne ont fait le déplacement pour l’occasion. On note aussi la présence des chasseurs locaux et de leur président Michel Auroux, venus se joindre au groupe. « Certains ne font même pas partie du syndicat, c’est une affaire qui dépasse les frontières lot-et-garonnaises. Nous faisons front derrière ces deux personnes qui sont les boucs émissaires de cette histoire », lance Didier Simard, agriculteur villeneuvois et membre de la CR47 depuis 1992. Un peu plus tard, plusieurs dizaines de tracteurs ont investi les lieux pour faire masse. « Cela fait quelques semaines que nous travaillons sur ce rassemblement. Nous attendons tous la même chose, que Serge et Patrick soient relaxés. Les peines de prison ferme prononcées à leur égard (respectivement 9 mois et 8 mois fermes, ndlr) sont abusives pour les faits qui leur sont reprochés ! », soulève Pascal Beteille, président de la Coordination rurale du département. Au milieu de la foule, on distingue des écharpes bleu-blanc-rouge, marquant la présence d’élus locaux, parmi lesquels figurent Marie Costes (maire de Saint-Front-sur-Lémance), Alain Lorenzelli (président d’Albret communauté), Raymond Girardi (maire d’Argenton et ancien vice-président du Conseil départemental en charge de l’agriculture), Dante Rinaudo (maire de Tonneins), le député Olivier Damaisin, ou encore le maire d’Agen Jean Dionis, également président de l’association des maires du département. « 137 maires ont dit oui à ce lac, il est maintenant temps de le régulariser, d’abord parce qu’il est utile écologiquement, mais aussi économiquement, et c’est une responsabilité de l’Etat », a d’ailleurs interpellé ce dernier.


Quatre heures d’audience

Ce jour-là, ils ne sont pas venus pour faire la guerre. « Il n’y a pas de pneus qui brûlent, pas de feu, nous sommes venus pour les soutenir pacifiquement », assure un membre de la CR 47. En effet, les forces de l’ordre n’auront pas à intervenir tout au long de la journée. Seul fait marquant, et non des moindres, deux éleveurs ont attaché deux vaches au portail du palais de justice le temps de quelques heures... C’est finalement peu avant 14h que Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken ont commencé à rejoindre la salle d’audience, sous les applaudissements de leurs appuis. Tous deux sont accompagnés par les élus présents jusqu’au dernier mètre. « Tout ce que nous souhaitons, c’est la clémence du tribunal. De la prison ferme pour un fait de bien public, je trouve ça scandaleux. Ils n’ont fait qu’exprimer la volonté d’un groupe en terminant la construction du lac ! Mais on a défié l’Etat, et l’Etat n’aime pas qu’on le défie... », déplore l’agriculteur Didier Simard. Et si tous pensaient que cette audience, marquant le dernier acte de ce dossier, serait l’affaire d’une heure ou deux, c’est finalement au bout de quatre heures d’échanges que les prévenus ont pu quitter les lieux. Après un retour sur la chronologie des évènements, la présidente a donné la parole à Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken pour qu’ils puissent d’exprimer sur les raisons de leur appel. « Je ne me sens pas coupable des choses que l’on me reproche et je trouve la peine disproportionnée », lâche le président de la Chambre d’agriculture, reconnaissant cependant avoir poursuivi les travaux malgré un arrêté préfectoral. Ce dernier a beaucoup insisté sur un travail réalisé en collaboration avec l’Etat à chaque étape du projet, avant que celui-ci ne « casse politiquement le projet avec un arrêté nous demandant de stopper les travaux. Je suis donc allé à la rencontre du préfet de Région, qui nous a dit que la décision était purement politique puisque nous étions trop près de Sivens dans la distance et dans le temps », déclarent-ils. De leur côté, les associations environnementales, portées partie civile (Anper-Tos, France nature environnement, Sepanso, Stéphane Lamart), déplorent « une dégradation de l’environnement et une remise en cause de la sécurité » et réclament à ce titre des dommages et intérêts de près de 100 000 euros. Durant quelques minutes, la séance a été levée, laissant planer le doute sur un potentiel renvoi d’audience... La raison ? Un rapport de mission commandé par l’Etat et portant sur la sécurité de l’infrastructure, réclamé par l’avocat des accusés Maître Dejean, dont l’existence est remise en cause par la partie adverse... Finalement, les échanges ont pu reprendre. Au bout d’un long suspense, l’avocat général Claude Dérens a requis des peines identiques à la première instance, à savoir 9 mois de prison ferme pour Serge Bousquet-Cassagne, et 8 à l’encontre de Patrick Franken, mais avec un possible allègement dans les sursis. Désormais, il faut attendre le 17 décembre pour que l’arrêt soit rendu public...

« On garde notre intégrité »

Quelques jours après son passage devant la Cour d’appel d’Agen, Patrick Franken s’est confié sur cette journée pas comme les autres ainsi que les réquisitions de l’avocat général. Serge Bousquet-Cassagne se refuse quant à lui à tout commentaire avant le 17 décembre.

« L’audience s’est globalement bien passée, la présidente nous a laissé nous exprimer. C’est donc plus positif qu’en première instance même si la même peine est requise. On peut en tout cas se réjouir d’avoir reçu un soutien aussi important de nos collègues agriculteurs et de beaucoup d’élus, dont certains maires de grandes villes, qui se sont mouillés. Je pense que le jury ne sera pas insensible à ça. On n’a volé ni lésé personne, on n’a pas pris d’argent. On garde notre intégrité. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait pas eu un millier de personnes devant le palais de justice. On est responsables oui, mais pas coupables. Le péché originel n’est pas de notre fait mais de l’Etat qui s’est déjugé. C’est ce genre de cafouillage qui mène au fiasco. Et on connaît des précédents désastreux : Sivens en l’occurrence. Concernant l’arrêt définitif, on sait très bien que l’on ne sera pas entièrement blanchis. Mais on pense, on espère, pouvoir éviter la prison ferme. Si la peine est raisonnable, cela enverrait un bon message : l’Etat saurait qu’il ne peut pas autoriser dans un premier temps puis interdire sans raison. Il faut rester cohérent et droit dans ses bottes, comme nous l’avons été. »


388 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout