La renaissance du fret fluvial

Un voyage test au départ du port de Damazan et à destination de Bordeaux a été lancé le 3 mai dernier, à l’initiative du collectif Garonne fertile dans le but de relancer le fret fluvial.

De notre journaliste : Charlotte Charlier


La voie fluviale permet de réduire considérablement les émissions de C02 par rapport au transport routier. Mais pour rendre ce mode réellement efficace à l’avenir, il faudra développer de nouvelles infrastructures.


"Rien ne vaut l’exemple pour démontrer que c’est réalisable. » C’est par ces mots que Michel Masset, président de la Communauté de communes du Confluent et des Coteaux de Prayssas, a résumé l’initiative lancée au départ de Damazan. Lundi 3 mai, un bateau chargé de marchandises alimentaires a quitté le port de la commune lot-et-garonnaise, direction Bordeaux. à en voir la liste des acteurs impliqués, parmi lesquels figurent l’Etat, le grand port maritime de Bordeaux ou encore Voies navigables de France, l’évènement semble avoir son importance... En septembre dernier, sous l’impulsion d’établissements du très dynamique pôle d’activités de la Confluence, du syndicat ValOrizon et de l’association Vivre le canal, plusieurs réunions ont été organisées pour mener à bien la relance du fret fluvial sur le canal latéral à la Garonne, délaissé il y a trente ans avec l’avènement du tout-routier. « Il avait déjà été démontré que le transport fluvial était intéressant à remettre en marche pour des questions écologiques », explique Benjamin Labelle, pilote du projet et directeur de la coopérative Manger bio Sud-Ouest, qui distribue des produits biologiques pour la restauration collective locale. Avec l’ambition de réduire leur empreinte carbone, des restaurateurs, épiciers ou encore producteurs ont uni leurs forces pour relancer ce moyen de transport. C’est dans cet objectif qu’est né le collectif Garonne fertile. « Il y a six ans, Terres du Sud (groupe coopératif agricole, ndlr) avait mené une étude restée jusque là en sommeil... Elle a été réanimée il y a quelques mois, et ce n’est que le début de cette aventure. Répondre aux enjeux écologiques et environnementaux est une priorité », assure Michel Masset.


300 M€ accordés par l’Etat en 2021 et 2022 pour régénérer et moderniser le réseau fluvial existant dans le cadre du plan France Relance.

Dans le contexte climatique actuel, ce projet, auquel beaucoup ne croient encore peut-être pas, prend pourtant tout son sens. Depuis quelques mois, les planètes semblent enfin s’aligner entre volonté politique, transporteurs, chargeurs, distributeurs et restaurateurs. Après avoir mené une étude de faisabilité, c’est désormais le moment de passer à l’action. Voies navigables de France (VNF), qui gère 80% du réseau navigable français, a apporté sa pierre à l’édifice en finançant une partie du projet dans le cadre du dispositif Parm (Plan d’aide au report modal), qui vise à convaincre les chargeurs d’utiliser la voie d’eau pour transporter leurs marchandises dès que possible. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes, une tonne de marchandise transportée en bateau provoque une émission de CO2 cinq fois moins élevée qu’un camion », souligne Ghislain Frambourg de VNF. Mais l’idée n’est pas de supprimer le transport routier, qui reste complémentaire. Pour le capitaine Jean-Marc Samuel, qui mène ce premier voyage, le but n’est pas « de prendre la place des camions, nous avons besoin d’eux. Mais aujourd’hui, le fret fluvial représente moins de 3% du transport de marchandises, on pourrait nous en laisser un peu plus ! »


Le jeu des dominos...

Ce lundi, au port de Damazan, le chargement n’a pas été de tout repos pour les équipes, qui n’ont pas manqué d’ingéniosité pour faire descendre les multiples cartons dans le ventre de la péniche ‘Tourmente’, chargée d’apporter la cargaison à bon port. « Nous avons poussé la démarche plus loin en intégrant du transport doux pour assurer le dernier kilomètre et le chargement », souligne le directeur de Manger bio Sud-Ouest. L’occasion de découvrir les remorques électriques K-Ryole, dont l’usine de production va prochainement ouvrir ses portes du côté de Tonneins. A l’intérieur, on retrouve légumes, légumineuses, confitures, tartinades, bières, vin, farine et même lessive. Des produits issus de trente producteurs indépendants participant à l’opération. A Bordeaux, vendredi 7 mai, quinze clients vont bénéficier de ces produits, à l’instar du restaurant Casa Gaïa, l’association Vrac Bordeaux ou encore le collège Fontaine de Monjous à Gradignan. « Ce voyage pilote va nous permettre de répondre concrètement à plusieurs interrogations, notamment sur les freins techniques, l’intérêt économique et les attentes du territoire sur cette question », souligne Benjamin Labelle. L’objectif sera ensuite de créer des synergies entre les acteurs publics et privés pour s’emparer de ce projet d’ampleur. D’autant que le potentiel du transport fluvial est immense dans différents secteurs, avec des volumes transportés bien supérieurs à ce que l’on peut trouver sur les autre modes de fret. « Cela fait 26 ans que je m’y intéresse, je suis convaincu qu’il s’agit d’un transport d’avenir. Malheureusement, pendant longtemps, nous étions pris pour des gens qui portaient du gadget plutôt qu’une économie réelle », se souvient Philippe Dorthe, président du grand port maritime de Bordeaux, très enthousiaste à l’idée de participer à l’opération. En toute logique, si redémarrage il y a, des infrastructures seront à prévoir pour assurer la logistique. « Cela coutera de l’argent mais si nous investissons aujourd’hui, dans vingt ans, ce sera devenu normal. C’est le jeu des dominos, il faut faire tomber le premier et les autres suivront ! », assure-t-il. D’autant que c’est toute une industrie vertueuse qui pourrait être relancée derrière. L’Etat a déjà confirmé son engagement au niveau national, en accordant 300 millions d’euros à la régénération et la modernisation du réseau fluvial existant pour les deux années à venir, dans le cadre du plan de relance. Pour Catherine Jauffred de l’association Vivre le canal, « on cherche avec les outils du passé à produire de l’innovation ». Voilà qui résume bien la renaissance d’un mode de transport longtemps oublié, et qui pourrait bien participer à construire l’économie de demain...


Le 1er trajet expérimental en chiffres //

3

jours pour rallier Damazan à Bordeaux

30

producteurs indépendants

15

clients à Bordeaux



27 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout