La LGV est relancée, les débats aussi

L’Etat a annoncé une participation financière conséquente pour passer le tronçon ferroviaire Bordeaux-Toulouse à grande vitesse, donnant ainsi un coup d’accélérateur au projet, et à ses opposants.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Ramener Toulouse à seulement trois heures de TGV de Paris, tel est l’objectif du GPSO. En Lot-et-Garonne, les avis divergent vis-à-vis des bénéfices et des dommages collatéraux de ce projet.


Quatre milliards d’euros. C’est la promesse de l’Etat pour le financement du Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest, plus communément abrégé GPSO. Le Premier ministre Jean Castex s’est engagé lui-même auprès des élus toulousains dans un courrier datant du 27 avril. Ce vieux serpent de mer – ou train fantôme, comme on veut – reprend à nouveau vigueur. Tous les détails ne sont pas encore réglés, loin s’en faut. Cette étape constitue néanmoins une avancée importante dans ce dossier loin de faire l’unanimité.

D’un point de vue financier déjà, il reste du chemin. L’enveloppe nécessaire pour relier la Ville rose à Bordeaux « à grande vitesse » est estimée à dix milliards d’euros. Aux quatre promis par Matignon pourraient s’ajouter deux autres de l’Union européenne. Restent donc quatre milliards à trouver du côté des collectivités territoriales... Un sacré morceau. Plusieurs pistes sont étudiées, comme la levée d’un impôt spécifique sur l’immobilier de bureau. Vous l’aurez compris, les premiers trajets à plus de 320 km/h ne sont pas pour tout de suite. Le début des travaux n’est pas attendu avant 2024 et ceux-ci pourraient durer près d’une décennie.


Les opposants

mènent la fronde

Néanmoins, en Lot-et-Garonne, on s’active déjà. Du côté des opposants tout d’abord. Deux associations, Alternative LGV et TGV en Albret, sont allés manifester le 7 mai à la gare d’Agen pour souligner leur mécontentement. Selon eux, ce projet est trop coûteux par rapport à sa pertinence mais engendrerait surtout d’énormes dégâts collatéraux sur le territoire. Dans la forêt des Landes de Gascogne, plusieurs maires craignent de voir leurs villages coupés en deux par la nouvelle voie ferrée et déplorent le « désastre écologique » avec la déforestation de milliers d’hectares. Pour eux, la LGV condamnerait aussi, à terme, les actuelles gares d’Agen et de Marmande. Tout ceci alors qu’une autre option serait possible : « Il suffirait de rénover la ligne existante. Son état actuel, source d’innombrables retards et perturbations, a de toute façon besoin d’une remise à niveau. Et en la passant à grande vitesse, c’est-à-dire 220 km/h, on ne perdrait que 6 minutes sur un trajet Bordeaux-Agen par rapport aux prévisions de la LGV, et 12 minutes pour un Bordeaux-Toulouse », explique Raymond Girardi, président de la com-com des Coteaux et Landes de Gascogne et vice-président d’Alternative LGV. Cerise sur le gâteau, cette opération ne coûterait « que » 3 milliards d’euros.


Plus un débat idéologique

Pour Jean Dionis du Séjour, un autre dirigeant d’intercommunalité, là n’est pas la question : « Le débat idéologique de savoir si on est pour ou contre le GPSO n’est plus pertinent aujourd’hui et je ne veux plus me perdre là-dedans. Il va se faire, de toute façon un jour ou l’autre. L’Etat est sorti du bois, le message est clair. On serait donc coupable de ne pas se préparer. » L’enjeu n’est pas financier, Jean Dionis a assuré qu’aucun euro ne serait investi par l’Agglo d’Agen, qui a déjà versé 10 M€ pour le tronçon Bordeaux-Paris il y a quelques années. « Nous sommes très contents d’être desservis, ce sera un levier de développement économique pour nous mais c’est d’abord une affaire toulousaine avec un arbitrage national. Nous sommes des acteurs secondaires. En revanche, nous avons un rôle à jouer dans l’aménagement des installations. Les terrains pour la base travaux sont déjà réservés à la TAG, nous travaillons en concertation pour la liaison entre les deux gares, la future et l’existante... Il y a encore beaucoup de choses à faire, d’autant que la Région Nouvelle-Aquitaine reste beaucoup plus frileuse que l’Occitanie pour acquérir le foncier du tracé pourtant déjà acté », développe Jean Dionis.



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