La centrale de Golfech épinglée par l’ASN

La division de Bordeaux du « gendarme » du nucléaire a révélé son bilan d’activité 2019. Les appréciations concernant le site de Golfech sont très sévères.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Si l’ASN pointe les défauts d’exploitation de la centrale de Golfech, elle ne dénigre pas pour autant les « compétences solides » et réfute l’existence de risques particuliers.


Quand vient l’heure des conseils de classe, les mauvais élèves se font taper sur les doigts. C’est ce qu’il vient de se passer pour la centrale de Golfech. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié ce lundi 15 juin son bilan d’activité 2019. Le « gendarme » du nucléaire juge très sévèrement le site tarn-et-garonnais, situé à une vingtaine de kilomètres à peine d’Agen.

En octobre dernier, une « inspection de revue » a été menée sur place impliquant pas moins de 13 agents de l’ASN. Le management de la sûreté, en particulier le domaine des facteurs organisationnels et humains, était dans le viseur. Et le verdict est sans appel : « Dans le domaine de la sûreté nucléaire, la qualité des opérations d’exploitation a continué à se détériorer en 2019. L’inspection de revue menée par l’ASN a mis en exergue un manque de rigueur systémique dans la traçabilité, des insuffisances dans les analyses de risques et dans la maîtrise des fondamentaux de la conduite. »

Les mots sont durs mais ils s’appuient notamment sur un exercice 2019 marqué « de nombreux événements significatifs pour la sûreté ». Huit d’entre eux sont survenus pendant l’arrêt programmé du second réacteur, dont un classé au niveau 2 de l’échelle INES le 11 octobre. Pour information, le niveau 0 est qualifié d’ « écart », le 1 d’« anomalie » tandis que le 2 relève de l’ « incident ». L’échelle grimpe jusqu’à 7. On parle alors d’accident majeur. C’est arrivé deux fois dans l’histoire, en 1986 à Tchernobyl et en 2011 à Fukushima. On est donc encore loin d’une catastrophe. L’ASN le confirme : « Il n’y a pas de risque particulier à la centrale de Golfech ». Quand c’est le cas, l’autorité n’hésite pas à arrêter les réacteurs comme à Tricastin. Les reproches faits à Golfech ne sont pas de cet ordre. Ils relèvent par exemple de documents insuffisamment renseignés ou d’analyses pas assez approfondies. Le site dispose de « compétences solides ».


Suivi rapproché en 2020


Malgré tout, l’ASN persiste et signe : « L’amélioration des performances doit faire l’objet d’une priorité absolue pour l’exploitant. » Le gendarme a auditionné la direction de la centrale nucléaire de Golfech en janvier dernier, en présence de ses services centraux, pour qu’elle présente son diagnostic et le plan d’action mis en place pour remédier à ces constats. L’ASN a attiré l’attention du directeur de la centrale sur la nécessité de mieux identifier, afin d’y remédier, les causes organisationnelles des dysfonctionnements et de veiller à la qualité des éléments transmis à l’ASN, qui assurera un suivi rapproché tout au long de l’année – ce qui ne veut pas dire surveillance renforcée comme à Flamanville. Contrairement à cette dernière, « la centrale de Golfech dispose des atouts pour se ressaisir rapidement. »

EDF, l’exploitant de la centrale, reconnaît que le bilan n’est « pas satisfaisant ». C’est pourquoi un Plan Rigueur Sûreté a été lancé pour améliorer les pratiques de travail, avec en ligne de mire les grands chantiers industriels à venir comme le projet Grand Carénage. Un plan jugé « pertinent ». Il faudra s’y atteler dès cet été avec l’arrêt programmé pour maintenance et rechargement du combustible de l’unité de production n°1.

Afin de montrer que le tableau n’est pas tout noir, EDF tient aussi à mettre en avant de « belles réussites », comme la production d’électricité de 17 milliards de KWh, la capacité de moduler la puissance selon la demande, la mise en exploitation de deux diesels d’ultime secours après trois ans de chantier, etc.


La centrale de Golfech en chiffres //

La centrale nucléaire de Golfech, à la lisière du Tarn-et-Garonne, du Lot-et-Garonne et du Gers est une installation « dans la moyenne » du parc français qui compte à ce jour 19 centrales. Elle dispose de deux réacteurs à eau sous pression. Le premier a été mis en service en février 1991, le second en mars 1994.

- 17 TWh  : c’est la quantité d’électricité produite en 2019 soit environ 50% de la consommation d’une région comme l’Occitanie.

- 2600 MW : c’est la puissance totale de l’installation

- 770 salariés EDF

- 250 salariés permanents d’entreprises prestataires

- 68,9 M€ versés sous forme d’impôts et de taxes dont 39 MÄ aux collectivités locales. 8 MÄ de commandes ont aussi été passées aux entreprises du territoire.

- 10 inspections ont été menées à Golfech par l’ASN depuis le début de l’année 2020, sept sur site et trois à distance. La dernière montre une gestion satisfaisante de la crise sanitaire.


Centrale de Golfech : remobiliser les entreprises locales

A partir de septembre, la CCI va organiser des réunions en vue de présenter le projet de Grand Carénage de la centrale de Golfech, qui seront accompagnées de « business meeting » pour sensibiliser les entreprises locales aux travaux qui vont être entrepris afin de renforcer les installations. Des travaux de grande ampleur puisque ce sont « plusieurs millions d’euros qui vont être investis sur cinq ans pour relifter la centrale et repartir pour trente à quarante ans » dévoile Alain Brugalières, président de la CCI Lot-et-Garonne. Cette dernière espère que des entreprises locales pourront bénéficier de ce chantier pour se relancer après cette période qui a mis à mal l’économie locale. « Beaucoup d’entreprises se sentent trop petites ou le marché du nucléaire les rebute » constate le président de la CCI. L’objectif est donc de remobiliser les entreprises du département sur cette opportunité de marché et de « pousser EDF à consulter nos entreprises en priorité » explique Alain Brugalières.



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