L’avion entre Agen et Paris, c’est fini !

C’est la sortie de piste pour Chalair. La compagnie qui avait pris la suite de Hop il y a un an et demi n’est officiellement plus le délégataire de service public

assurant les liaisons aériennes entre Agen et Paris. Le Smad (Syndicat mixte pour l’aérodrome départemental) a décidé ne pas rechercher de

nouveau prestataire, signant ainsi la fin de ce service.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

1 // L'historique

Au début de l’année 2019, Chalair prenait la suite de Hop pour assurer des navettes quotidiennes d’Agen vers l’aéroport parisien d’Orly. Les relations avec la filiale d’Air France, pourtant partenaire historique lors des périodes fastes de la ligne, s’étaient considérablement refroidies. Les collectivités locales, principaux financeurs, critiquaient vivement la dégradation du service. L’année 2018 s’est ainsi soldée par un bilan de 21 000 passagers, soit deux fois moins qu’en 2016… L’arrivée de Chalair marquait le retour de l’optimisme. Les élus du territoire avaient aussi mené bataille de leur côté pour maintenir les subventions de cette ligne déficitaire structurellement. L’Agglo d’Agen a fourni un effort financier considérable et a milité pour que la Région et l’Etat participent également. Le Département a de son côté maintenu un apport proche du million d’euros en dépit de ses difficultés financières et d’une mission ne relevant pas de ses compétences obligatoires.


2 // L'aventure Chalair

La réalité a vite rattrapé les défenseurs de l’avion. « Le premier semestre avec Chalair s’est plutôt bien passé mais le suivant n’a pas été bon, ni en qualité ni en régularité », a constaté Olivier Grima, président du Smad. A l’heure de faire les comptes, ce fut une véritable claque : 14 000 passagers seulement en 2019. En décembre, la compagnie aérienne a alors fait connaître son souhait de résilier la DSP, avec un préavis de six mois courant donc jusqu’au 19 juin. La dernière (et un peu désespérée) offensive commerciale n’a donné aucun résultat. « Le début d’année était catastrophique », souffle Olivier Grima. Entre les retards et les escales à Limoges, l’avion perdait tous ses avantages. Puis est arrivé le confinement stoppant net le trafic aérien.


La dégringolade de la ligne en chiffres //
2016 : 40 000 passagers (record) 2017 : 26 000 passagers 2018 : 21 000 passagers 2019 : 14 000 passagers

3 // La résignation du Smad

Une ultime proposition a été formulée par Chalair afin de poursuivre les liaisons. Celle-ci impliquait des rotations limitées à un seul aller-retour quotidien, uniquement le lundi, le mercredi et le vendredi avec un arrêt systématique à Limoges. « C’était clairement irrecevable, affirme Olivier Grima. Tous les partenaires du Smad l’ont refusé catégoriquement. L’arrêt prévu le 19 juin a donc été acté à l’unanimité par le conseil syndical du 17 juin. Et nous avons décidé de ne pas chercher à rouvrir la ligne avec une autre compagnie. »

Ce dernier tient toutefois à rappeler que la ligne aérienne a montré son utilité par le passé. « Elle a été importante pour l’attractivité de notre territoire et a pesé dans des dossiers comme celui de l’Enap. Il ne faut pas minorer son impact. Maintenant, au vu des résultats et de l’investissement très conséquent des collectivités, ce n’était pas raisonnable de poursuivre dans cette voie. »


4 // Un aéroport toujours actif

Avec la fin de la liaison aérienne commerciale se pose la question du devenir de l’aéroport et de ses personnels. A ce jour, le Smad emploie 14 personnes sur le site d’Agen-La Garenne (11 d’entre elles étant détachées par la CCI). « Tous ces gens-là vont continuer à travailler », assure Olivier Grima. En effet, la piste agenaise enregistre chaque année près de 35 000 mouvements. Les vols vers Paris n’en représentent qu’un petit millier. Il y a l’école de pilotage Airways College, les parachutistes, l’aviation d’affaire et celle de loisirs. Il y a toujours besoin de personnels pour assurer les missions de sécurité. « Nous allons cependant réfléchir à la vocation de l’aéroport à moyen terme avec une nouvelle organisation qui impliquera peut-être moins d’effectifs », précise le président du Smad.


5 // De nouvelles activités à l'étude

Pour maintenir une activité économique conséquente autour de l’aéroport d’Agen, le Smad a quelques idées qui vont être approfondies dans les prochains mois. Le démantèlement d’avions peut en faire partie. La piste du fret aérien est aussi envisagée.


L'investissement financier des collectivités //

Agglo d’Agen : 1,2 M€ Conseil départemental : 950 k€ Région : 500 k€ Etat : 500 k€ CCI : 30 k€ CMA : 17 k€

Sur ces sommes, environ 2,8 M€ servaient à alimenter le déficit de la ligne. Elles pourront donc être économisées à partir de 2021. Pour cette année un peu particulière, les contributions appelées resteront identiques. Elles pourront notamment servir à financer des investissements.


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