Inondations : Un épisode sans précédent... qui en appelle d’autres ?

Il y a une semaine, Agen a été touchée de plein fouet par des inondations, résultat d’un phénomène météorologique sans précédent... et qui est vraisemblablement loin d’être le dernier, en raison du dérèglement climatique. Désormais, c’est autour des infrastructures que les interrogations subsistent.

De notre journaliste : Charlotte Charlier

La solidarité était de mise le lendemain des inondations dans le centre-ville d’Agen.


Mercredi 8 septembre, 20h, une pluie sans précédent

Plus tôt dans la journée, 32 départements ont été placés en vigilance orange, dont le Lot-et-Garonne, avec un phénomène orageux prévu aux alentours de 16h. « Dans le département, des cumuls de pluie pourraient atteindre par endroit 30 à 50 mm, a déclaré la préfecture, tout en appelant à la vigilance. Les violents orages sont susceptibles de provoquer localement des dégâts importants. Des inondations de caves et points bas peuvent se produire très rapidement. » Finalement, ce sera bien plus que prévu... Des pluies diluviennes se sont abattues dans la soirée, particulièrement sur Agen, épicentre du phénomène. Entre 19h et 20h, La chaîne météo recensait 9,4mm. La suite de la soirée a été plus compliqué. 85,2mm de pluie sont tombés en l’espace d’une heure seulement. Et l’épisode ne s’est pas arrêté là. Peu avant 1h du matin, la préfecture de Lot-et-Garonne annonce 128 mm de pluie entre 20h et 22h. Il s’agit tout simplement du record absolu depuis l’ouverture de la station en 1941, représentant 18% de la pluviométrie annuelle, toujours selon La chaîne météo. La saturation des réseaux d’évacuation a entraîné des inondations un peu partout dans la ville, notamment dans les quartiers Jasmin, Barleté, Sacré-Coeur et Rodrigue. « Les dégâts sont, à cette heure, matériels et aucune personne blessée ou décédée n’est à déplorer », assurait la préfecture via un communiqué.


Jusqu’à 1,50 mètres d’eau par endroit

La rue des Charretiers a été particulièrement touchée, accumulant 1,50 mètres d’eau. Mais Agen n’a pas été la seule concernée, puisque 35 communes ont subi des dégâts. Les pompiers ont été fortement sollicités une bonne partie de la nuit, enchaînant les interventions avec notamment des sauveteurs de surface. Au total, on recense 70 sapeurs pompiers mobilisés pour 379 interventions, près de 700 appels reçus par les services de secours, 20 personnes mises en sécurité et 3 relogées. Côté réseau routier, beaucoup de voies étaient impraticables, poussant certains automobilistes à rebrousser chemin et parfois même à abandonner leur véhicule. Le lendemain matin, l’heure était au constat pour les habitants, qui s’affairaient pour nettoyer leur habitat et sauver les quelques effets personnels qui n’ont pas été touchés par l’eau. Les élus sont venus à leur rencontre, tandis que les services de la Ville étaient à pied d’œuvre pour leur venir en aide. Des résidents voisins sont venus leur prêter main forte, preuve d’une belle solidarité qui s’est rapidement mise en place. La préfecture a assuré que l’Etat avait déclenché différents dispositifs d’aide, que ce soit pour les personnes privées avec la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, pour les exploitants agricoles avec la reconnaissance de calamités agricoles, mais aussi les collectivités locales avec la dotation de solidarité nationale pour le financement de remise en état d’équipements. Désormais, l’heure est à la reconstruction pour les sinistrés, mais cet épisode soulève des questions sur les infrastructures dédiées, d’autant que la situation ne devrait pas aller en s’améliorant...




Clémence Brandolin-Robert, première adjointe au maire d’Agen

« Un diagnostic précis va être établi »

La première adjointe s’est rendue auprès des sinistrés.


Interrogée, la première adjointe au maire (en vacances loin d’Agen à ce moment-là), qui s’est rendue sur les lieux dès le lendemain matin auprès des riverains, fait le point sur les évènements. « Les habitations, caves et autres qui ont été endommagées ont été identifiées dès le départ. Au niveau de la Ville, nous avons eu quelques infiltrations sur certains équipements, mais plus de peur que de mal. » Passé les constats l’heure est désormais aux remises en question. « Nous allons analyser, et faire un travail de diagnostic très précis notamment de pluviométrie grâce à nos équipes en interne, pour expliquer ce qu’il s’est passé dans les rues où il y a eu le plus de problèmes en matière d’évacuation des eaux. En tout cas, sur la rue des Charretiers et la rue Fon de Raché, où l’eau est très fortement montée, le réseau d’évacuation est largement assez dimensionné pour des rues de cette taille, équivalent à celui d’un boulevard. C’est un phénomène extraordinaire, il ne faut pas être dans le catastrophisme. Le problème, c’est que l’orage a été très localisé puisqu’il a stagné au dessus d’Agen pendant 2 heures », explique la première adjointe. Malgré tout, cette dernière assure qu’aucun problème d’entretien n’est à recenser. De son côté, le groupe de l’opposition municipale n’est pas tout à fait d’accord. « Face à l’augmentation des épisodes pluvieux intenses, le réseau d’évacuation doit être adapté, et redimensionné partout où c’est nécessaire. Le long de la rue des Charretiers, aucune bouche d’évacuation ! Seulement deux au croisement avec la rue Fon de Raché, qui n’auront donc pas suffi. Là comme ailleurs, cela doit être aménagé et amélioré. » Ils demandent également que la mairie mette en place un service et des postes dédiés, notamment dans les relations avec les assurances. Avec le retour du premier édile cette semaine à Agen, des réunions étaient prévues avec les équipes compétentes pour analyser l’épisode plus en détails et préparer, sans aucun doute, l’avenir.




Jean-François Berthoumieu, météorologue

« Il faut anticiper dès à présent avec Des infrastructures »

« C’est un épisode sans précédent sur Agen même, oui, mais des phénomènes similaires se sont déjà produits sur Pont-du-Casse en 1999, Aubiac en 2008, et du côté de Marmande il y a deux ans. Ce sont des évènements consécutifs qui se produisent régulièrement quand il n’y a pas de vent en altitude, et donc beaucoup d’énergie dans l’atmosphère. C’est évidemment à relier avec le réchauffement climatique. Depuis 30 ans, nous gagnons 0,5 degrés tous les 10 ans, et ces contrastes thermiques qui s’accentuent d’année en année favorisent ces phénomènes-là. Le 8 septembre, trois ou quatre cellules se sont formées. Une cellule dure 20 à 40 minutes, monte, déverse son seau d’eau. Répétez cette opération trois fois de plus, et voilà le résultat... Le problème, c’est qu’aujourd’hui, on évacue 30 millimètres maximum. Au-delà, cela demande des infrastructures plus importantes et donc forcément plus onéreuses. Ce soir-là, plus de 100 millimètres sont tombés, et ce ne sera pas un phénomène unique. Il faut anticiper dès maintenant. Par exemple, cela fait longtemps que l’on préconise d’arrêter les écoulements d’eau vers la Garonne, pour les diriger plutôt vers des zones d’infiltration qui permettent d’alimenter la nappe dans laquelle on peut puiser plus tard. Il ne faut plus étanchéifier les surfaces comme on l’a fait pendant un certain temps. Les ingénieurs et politiques sont au fait de ça, ils y pensent, et si de plus en plus de personnes le réclament des changement seront opérés. »





Un forum « Eau énergies territoires » qui tombe à point nommé


L’IFTS a organisé un colloque professionnel vendredi 10 septembre au centre de congrès d’Agen pour aborder la question de la gestion des ressources, deux jours à peine après les inondations.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

C’est ce que l’on appelle avoir le sens du timing... Ce vendredi 10 septembre, l’Institut de la filtration et des technologies séparatives (IFTS) organisait au centre des congrès d’Agen un événement baptisé « Forum eau énergies territoires ». L’établissement foulayronnais a réuni des acteurs du monde industriel, rural, de la société civile, des politiques, des chercheurs et des experts pour défricher un sujet pour le moins d’actualité. « Notre objectif est de confronter les idées et visions pour une gestion appropriée des ressources, le tout dans un contexte de changements climatiques et de raréfaction de l’énergie devant la croissance démographique », explique Vincent Edery, le directeur général de l’IFTS. Pour résumer sa pensée, le patron de ce centre d’essai réputé nationalement utilise une métaphore pour le moins parlante : « Nous sommes face à un mur qui avance. Il est urgent d’agir, c’est évident pour tout le monde désormais. La question est de savoir si nous sommes préparés et capables de rebondir. »

En animant ces rencontres et ces échanges, l’ambition est de créer une effervescence intellectuelle pour développer de nouvelles solutions. Le stockage de l’eau grâce à la charboline est ainsi prôné par l’Association climatologique de moyenne-Garonne. Il permettrait d’atténuer les conséquences de périodes de forte pluie et de répondre aux besoins pendant les phases de sécheresse. Il y a également la réutilisation de l’eau, comme alternative au tout-potable, procédé sur lequel l’IFTS est à la pointe. Un tout petit échantillon d’exemples au milieu d’un vaste champ d’idées à développer. « On tient à multiplier les démonstrations que c’est possible grâce à l’innovation », soutient Vincent Edery. C’est aussi le sens de la COP47 organisée à chaque fin d’année (sauf en 2020).

La présence d’élus comme le vice-président de l’Agglo Henri Tandonnet, du député Michel Lauzzana ou encore des représentants de la Région et du Département doit aussi éveiller le monde politique sur ces enjeux et impulser le changement de pratiques.

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