Décès d’Emma Laffore : le conducteur prend 3 ans ferme

Le conducteur responsable de l’accident qui a notamment coûté la vie à la jeune fille de 13 ans en mars 2018 a finalement été condamné par le tribunal correctionnel d’Agen et a passé ses premières nuit en prison.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

La famille et les proches d’Emma Laffore, dont sa maman Françoise au centre, attendait le procès depuis trois ans et demi. Si la condamnation est exemplaire, « aucune victoire » n’en ressort.


« Pour nous, il n’ y a aucune victoire. » Le cœur lourd après une journée éprouvante ce vendredi 10 septembre, les familles Laffore et Gustin ont découvert le jugement du tribunal correctionnel d’Agen vis-à-vis de celui qui a « détruit [leur] vie ». Adam G., 23 ans, est finalement condamné à quatre ans d’emprisonnement dont une assorti d’un sursis probatoire, pas loin de ce qu’avait requis le procureur général. Si le placement en détention du jeune homme coupable d’homicide et blessures involontaires revêt une portée symbolique non négligeable, il ne peut atténuer la douleur des parties civiles qui pleurent la disparition de la jeune Emma. La maman de cette dernière, Françoise Laffore estime pour sa part être « condamnée à perpétuité ». Clémence et Murielle Gustin, accidentées également lors de cette nuit du 2 mars 2018, portent toujours les stigmates physiques et psychologiques de ce drame. Au moins, le feuilleton judiciaire appartient désormais au passé. Et ce n’était pas trop tôt.


Inertie de la justice

Trois ans et demi se sont écoulés entre l’accident et ce procès. Mais ce qui fut le plus difficile à comprendre pour les familles, c’est l’inertie de la justice pour engager la procédure. Le chauffard n’a en effet été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de conduire tout véhicule terrestre à moteur qu’en octobre 2019. Pendant ce laps de temps, il a eu tout loisir de commettre d’autres infractions routières dangereuses dont un non-respect de stop (octobre 2018) et un excès de vitesse supérieur à 50 km/h (février 2019), parfois sous les yeux des familles villeneuvoises endeuillées. Il a même été condamné à trois mois avec sursis pour des affaires de recel... Un comportement qui a poussé le président du tribunal à faire cette remarque : « On a l’impression que vous n’avez que faire du code de la route, que finalement ce qui s’est passé le 2 mars 2018 n’a que peu d’importance... » Ce à quoi l’intéressé a répondu très timidement, d’une voie à peine audible : « Je n’ai pas été assez conscient de la gravité. »

Comme l’a souligné l’avocat de la famille Laffore, Edouard Martial, ce procès était aussi « celui de la sécurité routière et en particulier de la vitesse dans les villes ». C’est pourquoi une sanction exemplaire était espérée. A l’issue de l’audience, Adam G. a été conduit menotté à la maison d’arrêt d’Agen pour ses premières nuits en prison.




Rappel des faits //

Ce qu’il s’est passé le 2 mars 2018


Dans la soirée du 2 mars 2018, vers 22h, Adam G., alors âgé de 20 ans, est au volant de l’Audi de sa maman, avec deux amis à l’intérieur. Il remonte l’avenue Henri-Barbusse en direction de l’avenue d’Agen. En arrivant à l’intersection entre ces deux artères, il percute d’abord l’arrière d’un bus puis termine sa course contre une Dacia, conduite par Murielle Gustin et avec deux jeunes adolescentes à son bord, Clémence Gustin et Emma Laffore. Le choc est extrêmement violent. Les trois occupantes de la Dacia sont incarcérées dans le véhicule. Emma décèdera des suites de ses blessures le lendemain au CHU de Bordeaux. Murielle passera quant à elle plusieurs jours entre la vie et la mort. Selon la dernière expertise, la vitesse de l’Audi au moment de l’impact est estimée à près de 110 km/h. Aucune trace de freinage n’a a été relevée. Les témoignages indiquent également que le conducteur de l’Audi serait passé au feu rouge.

Le drame avait suscité une très vive émotion au sein du collège d’Emma, dans son club de handball mais plus largement dans toute la ville. Une marche blanche avait rassemblé plus de 1500 personnes. Dans la foulée, l’association Emmavie a été montée pour sensibiliser les jeunes à la sécurité routière. Lors du procès, plus d’une vingtaine de personnes étaient présentes pour soutenir les familles.



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