Cinémas : « C’est toute une industrie qui est en péril »

Un an après leur première fermeture, les cinémas sont toujours dans l’incompréhension. Tous continuent d’agir dans l’ombre pour préparer leur réouverture, impatients de retrouver le public.

De notre journaliste : Charlotte Charlier

A l’instar de Pascal Humbert, directeur du CGR d’Agen, tous les dirigeants de cinémas baignent dans l’incompréhension depuis la fermeture des salles


"Dans toute son histoire, c’est la première fois que le cinéma baisse le rideau », lance Pascal Humbert, directeur du CGR d’Agen. Sur la très fréquentée de la place du Pin, c’est un lieu habituellement plein de vie qui sonne creux. Dans le cinéma, les couloirs sont déserts... « En cumulé, cela fait maintenant plus de cinq mois que nous sommes fermés », constate-t-il amèrement. Le cinéma, comme tout le secteur de la culture, souffre depuis plus d’un an maintenant. Après une lueur d’espoir mi-juin, quand les établissements ont pu rouvrir leurs portes, la nouvelle décision de fermeture fin octobre est tombée comme un couperet. « Selon l’avis du conseil scientifique, les risques sont marginaux dans les salles de spectacle, théâtres et cinémas. Forcément, je n’ai pas compris cette décision de fermer à nouveau nos portes… Surtout vu le brassage qu’il y avait dans les centres commerciaux », lance-t-il. Pour Thierry Salvalaio, président du cinéma associatif Les Montreurs d’images, même discours : « En plus du port du masque, nous étions déjà en jauge réduite avec une place de libre entre chaque personne. Et aucun cluster n’a été détecté sur l’ensemble des cinémas, c’est une incompréhension ! » Pour autant, ce sont de véritables passionnés qui continuent de s’affairer, dans l’attente d’une date pour retrouver le public.


15 000 salariés de l’exploitation cinématographique qui ne peuvent plus exercer

Côté CGR, les 10 salariés sont toujours au chômage partiel. Pascal Humbert est présent dans les locaux deux jours par semaine, notamment pour continuer de faire tourner les machines en attendant le jour-J. D’autres ont profité de cette période pour continuer d’améliorer leurs installations. « Nous avons réalisé quelques travaux, et notre bureau visionne régulièrement des films, pour préparer les sorties du second semestre 2021 », raconte Thierry Salvalaio. Et pour cause, ce sont plus de 400 films qui attendent de pouvoir sortir sur le grand-écran. La fermeture des cinémas met à l’arrêt l’ensemble des maillons de la chaîne… Productions, distributeurs, techniciens, mais aussi les grossistes en confiserie qui dépendent de ces établissements. « C’est toute une industrie qui est en péril. Nous enregistrons -72% d’entrées sur l’année 2020. 86 500 places ont été vendues sur les mois où nous étions ouverts, contre près de 325 400 en 2019 », constate amèrement le directeur du CGR Agen.


Un test de réouverture

prévu en Nouvelle-Aquitaine

Récemment, les acteurs locaux de la culture se sont réunis autour de plusieurs rassemblements pour faire entendre leur voix. « La fédération nationale des cinémas français (FNCF) discute avec le ministère de la Culture pour trouver des solutions rapidement. Un test va être réalisé en Nouvelle-Aquitaine pour la réouverture des lieux de culture, et nous sommes candidats pour y participer », raconte Thierry Salvalaio. Reste à savoir dans quelque conditions se passera la relance. Selon Le film français, la piste d’une ouverture des salles en trois étapes serait privilégiée, chacune séparée de trois à quatre semaines. La première jauge serait fixée à 35%, pour passer ensuite à 65% et enfin 100%. Mais l’inquiétude règne autour de l’arrêt des aides de l’Etat. Tous s’accordent sur la nécessité de les maintenir un temps après la réouverture au public. « Avec le couvre feu en vigueur, des jauges limitées, il est impératif de continuer à recevoir un soutien financier pour se relancer », assurent les deux responsables.


2045 cinémas en France

Dans cette attente insoutenable, une question résonne dans la tête de tous les gérants de cinémas et autres salles de spectacles. Le public reviendra-t-il ? Pour eux, pas de doute. Malgré l’explosion des plateformes de streaming, et des habitudes de consommation qui ont changé, l’expérience reste totalement différente. Pascal Humbert est formel, « les émotions ne sont jamais les mêmes sur un grand écran. Il y a un confort acoustique et visuel inégalable et les gens recherchent ça. Laisser les cinémas fermés porte atteinte à une liberté fondamentale : celle de se divertir… »



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