Après les crues, immersion dans le barrage de Villeneuve-sur-Lot

Le spectaculaire épisode météo du début du mois de février a porté les regards sur cette installation qui traverse la rivière si menaçante. L’exploitant EDF nous en a ouvert les portes.

De notre journaliste : Dimitri Laleuf

Les agents du barrage jouent un rôle crucial en période de crues, à l’image de l’épisode survenu début février.


Un ponton qui s’arrache et une vingtaine de bateaux à la dérive sur plusieurs dizaines de kilomètres… Ces images insolites ont fait le tour du pays. Le dernier survivant de cette régate sans skipper a fini sa course au barrage de Villeneuve où il s’est quasi désintégré. Les agents d’EDF étaient sur le pont pour « l’accueillir », c’est-à-dire appréhender au mieux son passage afin d’éviter d’importants dégâts sur la retenue ou, pire, sur les ponts de la bastide un peu plus loin. Cet évènement pour le moins exceptionnel rappelle l’importance de cette infrastructure – sa complexité aussi – et des humains qui la pilotent.

Quand on parle de barrages hydroélectriques, il faut raisonner en vallée. Celle du Lot et de ses affluents compte plus d’une vingtaine d’installations exploitées par EDF et quelques autres gérées par des indépendants. Sur la section dite Lot aval, celles de Villeneuve et du Temple fonctionnent en binôme avec une dizaine d’employés au total, sous la supervision d’un état-major basé à Aurillac. Ces deux barrages au fil de l’eau assurent deux missions principales : produire de l’électricité et gérer les écoulements.

Petit rappel théorique. L’énergie est générée par des turbines, elles-mêmes actionnées par la force de l’eau. Deux variables conditionnent le rendement : la hauteur d’eau - la chute est de 13 mètres à Villeneuve contre 10 au Temple – et le débit, c’est-à-dire la force du courant. En temps normal, le débit entrant mesuré par une station située près de Trémons s’échelonne entre 20 et 640 m3/seconde. Les agents du barrage font en sorte de toujours maintenir le niveau de l’eau en amont du barrage à la cote de régulation, fixée à Villeneuve à 51,97 mètres NGF (par rapport à la mer). Ces conditions réunies permettent aux deux ouvrages de produire les besoins annuels en électricité d’une ville de 120 à 150 000 habitants. « Une énergie verte et renouvelable, sans émission de carbone, indique le responsable Anthony Soler. Notre activité permet aussi d’avoir un plan d’eau extrêmement stable, ce qui est bon pour la navigation de loisirs et touristique ainsi que la pêche. Le soutien à l’étiage est par ailleurs positif pour l’écosystème. »


Manipulations

minutieuses

Lorsque la météo se durcit, comme ces dernières semaines, les techniciens d’EDF mettent la production en pause. « Les questions de sécurité et de sûreté sont prioritaires sur tout le reste », assure Anthony Soler. La surveillance humaine se fait alors 24h/24 avec des rotations en 3x8. Chaque manipulation devient très minutieuse. « Sur des barrages comme ceux du Temple ou de Villeneuve, on n’a pas de capacité de stockage. L’eau qui arrive devra forcément sortir. Par anticipation, on ouvre donc très progressivement les vannes pour faire baisser la cote de régulation jusqu’à retrouver le lit naturel. On évite ainsi de noyer l’amont. Mais il ne faut surtout pas le faire trop brusquement. Car cela pourrait déstabiliser les berges déjà fragiles. Cela aurait également pour conséquence de créer une vague en aval. Contrairement à ce que certains pensent, on ne fait pas de lâcher d’eau. » L’action coordonnée de tous les barrages de la vallée permet d’écrêter les crues et de limiter leurs conséquences.

« C’est pour ces moments potentiellement critiques que nous menons une politique d’investissements régulière et ambitieuse. En 2018, nous avons remplacé la conduite avec des automates programmables. Trois des quatre vannes d’évacuation ont aussi été rénovées, la quatrième le sera cette année. Les deux transformateurs sont neufs... Il faut maintenir le patrimoine dans un bon état de fonctionnement. Idem pour les hommes avec beaucoup de formations. » En aviation, les pilotes automatiques modernes peuvent faire voler un appareil du décollage à l’atterrissage sans souci. Mais en cas de pépin, rien ne remplace l’expertise et la réactivité humaine. C’est la même chose sur un barrage...


Une crue importante

mais pas rarissime

La tempête Justine a fait grimper le débit jusqu’à 1800 m3/s. Une valeur relativement importante, qui n’avait pas été atteinte depuis 2003, mais pas rarissime pour autant. Pour imaginer le Lot sortir de son lit, il faudrait atteindre des seuils nettement supérieurs, aux alentours de 4000 m3/s, ce qui n’a pas encore été mesuré. Le cas de la Garonne est tout autre. Sa largeur limite naturellement la présence de barrages et sa configuration en plaine facilite les inondations. La section située après le confluent subit de surcroit la double peine puisqu’elle reçoit en plus les crues du Lot.

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