Adrien Chung,arrivé à bon Portland


De notre journaliste : Dimitri Laleuf


Cet été, Adrien Chung n’est pas rentré voir la famille ni les copains. A cause du « travel ban » mis en place entre les Etats-Unis et l’Europe, il risquait de ne pas pouvoir repartir vivre son rêve américain. Du coup, il en a profité pour quitter sa colocation et emménager dans un vrai chez-lui, avec sa compagne Léone. Ce qui n’était au départ qu’une « première expérience professionnelle » commence à ressembler à un vrai projet de vie. Outre-Atlantique, ce jeune trentenaire se sent désormais « à la maison ».


Les langues

dans la poche

Son amour pour l’Amérique du Nord n’est pas nouveau. « A l’âge de neuf ans, je suis parti avec ma famille à Toronto, au Canada. J’avais adoré. C’était la toute première fois que je voyais mes cousins. On jouait ensemble mais on ne pouvait pas se parler. C’est ce qui m’a donné vraiment envie de parler anglais », raconte-t-il. Faisant de cette matière son meilleur atout scolaire, Adrien est logiquement parti suivre un cursus LEA (Langues étrangères appliquées) après le bac. Son master en poche, il s’est trouvé un job dans le milieu de l’assurance à Paris. « Une catastrophe. Je n’ai pas accroché du tout. » L’aventure a tourné court. Retour aux études, donc, avec un diplôme universitaire (DU) pour enseigner le français aux étrangers. En janvier 2016, il tombe sur une affiche pour un programme qui envoie des assistants de français à l’international. « J’ai posé ma candidature pour le Canada mais je n’ai pas été retenu. Je n’étais même pas sur liste d’attente. Malgré tout, j’ai quand même rappelé les responsables du programme en disant que j’étais très motivé et qu’en cas de désistement j’étais disponible. J’avais lu quelque part que relancer après un entretien raté pouvait être bénéfique... » Bingo ! Début juillet, Adrien est recontacté pour un poste dans une « école d’immersion » à Portland, dans l’Oregon, sur la côte ouest américaine. « Ce n’était payé que 300 dollars par mois, il fallait vivre en famille d’accueil chez des parents d’élèves. Je n’avais encore jamais enseigné, ni même travaillé avec des enfants. Mais j’ai décidé d’y aller. » L’année se passe finalement très bien avec ces enfants de « 1st grade », équivalent du CP chez nous. Et alors que le Villeneuvois commence à préparer son retour au pays, sa directrice lui propose une promotion, pour passer d’assistant à instituteur. Dans cet Etat, les qualifications exigées pour enseigner sont plus souples qu’ailleurs. Il est ainsi chargé de faire la classe à ces pitchouns dans la langue de Molière exclusivement. S’il y a quelques enfants d’expatriés, la plupart sont des Américains sans aucun lien avec l’Hexagone. « Les écoles d’immersion sont très appréciées dans l’Oregon. A côté de la nôtre, il y en a une en espagnol. » Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas de prestigieuses institutions privées. L’école « Le Monde » est une « charter school » largement financée par le gouvernement.


La chance avec lui

Bien installé professionnellement, restait à passer l’épreuve de la « lotterie ». Aux Etats-Unis, après deux années de séjour, l’obtention d’un visa de trois ans supplémentaires est non seulement soumise à de nombreux critères mais doit également se jouer au hasard. « J’avais à peine une chance sur trois de pouvoir rester », confie l’intéressé qui s’en est finalement bien sorti. Il peut maintenant envisager plus sereinement l’avenir. « J’ai vraiment une très belle qualité de vie ici, insiste-t-il. J’aime mon métier, l’ambiance à l’école et on bénéficie en plus d’une belle reconnaissance de la population. On nous remercie pour le dévouement quand mes copains profs en France sont régulièrement critiqués. A côté de ça, l’Oregon est un territoire très vert avec beaucoup de choses à faire et à voir. La météo n’est pas si terrible qu’on le croit. Pour avoir vécu à Bordeaux, je ne vois pas vraiment la différence. J’ai aussi la chance d’avoir pas mal de Français dans mon entourage, au boulot et en dehors donc je ne me sens pas complètement déraciné. » L’apocalyptique année 2020 avec la pandémie particulièrement meurtrière aux Etats-Unis, les émeutes liées aux questions raciales et les incendies dévastateurs dans la région n’a pas eu raison de son envie de rester. « Le plus dur, c’est de ne pas pouvoir suivre le foot européen à cause du décalage horaire... » Si ce n’est que ça...

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