A Villeneuve, c’est l’heure du retour en campagne

Avec une quadrangulaire à disputer le 28 juin, la messe est loin d’être dite à Villeneuve-sur-Lot. Les candidats retrouvent le terrain avec la ferme intention de rafler la mise.

Par notre journaliste : Dimitri Laleuf

Les quatre candidats en lice pour le second tour, à savoir Etienne Bousquet-Cassagne, Patrick Cassany, Thomas Bouyssonnie et Guillaume Lepers, promettent une lutte sans merci.


Le premier tour des élections municipales devait-il se tenir ? C’est une question à laquelle nous ne répondrons pas dans ces lignes. Le scrutin s’est bel et bien tenu et ses résultats sont entérinés. Candidats comme électeurs doivent vivre avec. Pour une immense majorité de communes lot-et-garonnaises, les maires (reconduits ou entrants) ont été installés ces dernières semaines fermant ainsi le temps électoral. Ce n’est cependant pas le cas à Villeneuve où la bataille pour l’Hôtel de Ville continue de faire rage. Les quatre listes toujours en lice ne seront départagées que le 28 juin prochain. Avec le déconfinement et un semblant de retour à la vie normale, leurs leaders respectifs reprennent progressivement le chemin de la campagne.

A commencer par un Guillaume Lepers aussi impatient qu’un lion en cage. « Il faut imaginer la frustration ressentie par une équipe outsider qui finit à 35% et à qui l’on dit le lendemain de rentrer chez elle. Même si c’était justifié par l’urgence sanitaire, c’est dur ! C’est pourquoi on est d’autant plus heureux de pouvoir retrouver le terrain pour transformer l’essai », confie le candidat de la droite. Large vainqueur de ce premier passage aux urnes, Guillaume Lepers ne compte pas laisser cet interminable entre-deux-tours profiter à ses rivaux. « Je peux me réjouir d’avoir une équipe incroyable à mes côtés qui ne s’est jamais démobilisée. Toutes les semaines, on tenait des réunions plénières en visio, notamment pour préparer un grand plan de relance afin de sauver l’économie et les associations. Aller au contact des gens sera forcément plus difficile, sans réunion publique ni porte à porte. On misera plutôt sur des rencontres plus individuelles ainsi que sur le numérique, où l’on se débrouillait déjà pas trop mal », explique le désormais favori.


« Excès de confiance »


Face à lui, la gauche continue de se déchirer. La gueule de bois est toujours palpable dans le clan Cassany où l’on ne se remet pas de cette troisième place, deux petites voix derrière le novice Thomas Bouyssonnie. Le maire sortant pointe d’ailleurs du doigt le gouvernement : « Plus qu’une erreur, la tenue du premier tour est une faute, surtout au regard des avertissements d’Agnès Buzyn. » Le premier édile admet aussi ses fautes. « On n’a pas fait une campagne aussi organisée que les listes qui ont fini devant nous. Il est possible qu’il y ait eu un petit excès de confiance de notre part car, malgré tous les retours positifs que nous avions, les résultats n’ont pas été au rendez-vous. Avec l’équipe, on va donc se battre pour mieux défendre notre bon bilan et notre projet précis en adéquation avec les préoccupations issues de la crise. »

Thomas Bouyssonnie, quant à lui, entend conserver la dynamique qui l’a propulsé bien plus haut qu’espéré. Le barnum itinérant qui avait marqué les esprits retrouvera les routes villeneuvoises, en plus d’un tractage militant aussi bien sur le net que sur les sites fréquentés. La liste Rassemblement national emmenée par Etienne Bousquet-Cassagne se fait, de son côté, toujours aussi discrète sur sa stratégie*. Néanmoins, son score très en-deçà des précédents scrutins ne laisse pas présager une campagne de second tour beaucoup plus active que la première.


*Etienne Bousquet-Cassagne n’a pas souhaité répondre à notre demande d’interview.



La gauche plus divisée que jamais

Place à la politique fiction. Avec une quadrangulaire au second tour – seul Alain Soubiran a été éliminé le 15 mars – le réservoir de voix est faible. Et ce, pour tous les candidats. Si le statu quo perdure, un boulevard s’ouvre pour Guillaume Lepers.

Patrick Cassany et Thomas Bouyssonnie le savent très bien. Avec un peu moins de 21% chacun, une entente est inéluctable pour tenter de conserver la mairie à gauche. Certains électeurs l’appellent de leurs vœux. Un collectif de citoyens s’est même formé avec la ferme intention de jouer les médiateurs entre ces deux adversaires qui partagent, quoi qu’on en dise, un socle de valeurs communes. Sous la pression de ce collectif, les deux représentants de la gauche se sont appelés pour discuter. Aucun compromis n’a été trouvé et cela ne semble pas près de changer.

L’édile affirme certes qu’un « accord renforcerait fortement les chances de faire barrages à la droite ». Mais Patrick Cassany est maire sortant, président de l’Agglo, premier-vice président du Conseil départemental et très solidement implanté dans le paysage politique local. Son âge n’est pas un frein à la reconduction de ses mandats. Difficile donc de l’imaginer renoncer sans combattre. Il est tout aussi difficile d’envisager qu’il se transforme soudainement en lieutenant d’un jeune trentenaire dont c’est la première campagne – aussi brillante soit-elle. L’écart de voix, deux seulement, entre la seconde et la troisième place n’est pas assez important pour en faire une évidence aux yeux de son équipe.

En face, il n’est pas question non plus pour Thomas Bouyssonnie de s’effacer. « La liste n’existait pas il y a 19 mois, elle finit devant le maire sortant. Quelle logique serait à l’œuvre si j’acceptais ça ? Je trahirais ce pourquoi je me suis battu. Et je ne vais pas m’enfermer avec une équipe en déroute. Ce serait du suicide », explique l’intéressé. Selon lui, c’est à Patrick Cassany de se coucher. « Il faisait 28% en 2014 au premier tour et moins de 21% cette fois. Voir Lepers aussi haut est une autre confirmation du rejet terrible de l’actuelle majorité. Il y a une usure du pouvoir. Le seul moyen de faire gagner une liste de gauche, c’est d’amplifier la dynamique de Villeneuve en Commun. Je lui suggère donc d’appliquer le désistement républicain, une coutume à gauche depuis la IIIème République. J’y verrais une sortie honorable après une belle carrière d’élu local et je retiendrais le courage de laisser la ville à la gauche. S’il ne s’y résout pas, cela revient à pratiquer la politique de la terre brûlée », lance le jeune avocat, affirmant incarner désormais « le vote utile ». Ce dernier réitère qu’une alliance n’est « pas possible ». L’animosité et les divergences entre les deux hommes s’accentuent chaque jour un peu plus. Il y en a un qui doit actuellement se frotter les mains...


A qui profite l’abstention ?

Outre la stratégie des différentes forces en présence, une autre donnée pourrait bouleverser les rapports de force le 28 juin. Il s’agit de la participation. A cause principalement du Covid, l’abstention a frôlé les 61% à Villeneuve. Lors des précédents scrutins municipaux dans la bastide, elle ne dépassait jamais les 40%. A qui « appartiennent » donc ces voix qui s’expriment d’ordinaire dans les urnes ?

Personne ne possède la réponse. Ce qui permet à chaque candidat de défendre son bifteck. Patrick Cassany estime avoir été particulièrement lésé. Guillaume Lepers pense à son électorat de séniors, prudent devant la maladie. Thomas Bouyssonnie dresse une autre analyse : « Au niveau national, il apparaît que les équipes sortantes et les candidats LR-LREM ont été privilégiés ». Si l’un d’eux a plus raison que ses compères, il pourrait bien créer la surprise lors de ce second tour.


6 vues0 commentaire

SARL LOT-ET-GARONNE PRESSE – Capital : 20900 € - Siège Social : 22, rue Lamouroux, 47000 Agen - RCS Agen 452 879 539

n°de siret : 45287953900057 – Code APE : 6391Z - n° de TVA Intracommunautaire : FR 784 528 795 39 – Tél : 05 53 87 46 75

  • Facebook Social Icône
  • Instagram
  • Youtube