Débat à Villeneuve : le jeu des 5 différences

Dernière mise à jour : 23 mars 2020

Ce lundi 9 mars, à une semaine tout juste du premier tour des élections municipales, nos confrères de Radio 4, avec la participation de Sud-Ouest et la Dépêche du Midi, ont organisé un débat regroupant les cinq candidats en lice pour le fauteuil de maire à Villeneuve-sur-Lot. Deux heures durant, les protagonistes de ce scrutin qui s’annonce particulièrement indécis ont pu développer leurs idées et projets mais aussi se confronter. Avec autant de forces en présence et l’impérieuse nécessité d’éviter la cacophonie, l’exercice était forcément délicat. Au-delà d’un inventaire de propositions, il est cependant possible d’en tirer quelques enseignements. Voici, candidat par candidat, ce que nous avons retenu.


Etienne Bousquet-Cassagne //

Le candidat du Rassemblement National, jusqu’ici assez discret et auteur d’une campagne éclair, a obtenu la primauté de la parole à l’issue d’un tirage au sort. Malgré sa distance avec la vie publique villeneuvoise, le jeune trentenaire a montré qu’il avait déjà de la bouteille. Plutôt à l’aise du haut de ses nombreuses campagnes depuis 2013, Etienne Bousquet-Cassagne a fait bien plus que dérouler le programme national de son parti, comme cela a pu lui être reproché par le passé. Il n’a d’ailleurs fait référence au RN qu’à une seule reprise. Il n’a en revanche surpris personne en faisant de l’insécurité et des incivilités « le problème majeur » de la ville. Solide sur ses bases, « EBC » ne s’est pas montré avare en propositions choc : police municipale renforcée et active 24h/24, déménagement de l’aéroport d’Agen vers Villeneuve, baisse de la taxe foncière de 15% sur le mandat ou encore suppression des aides pour les familles de délinquants. Ce qui lui a valu de vives remarques de la part de ses adversaires. « Vous proposez une mesure sans vous assurer de sa faisabilité ? », s’est notamment insurgé Thomas Bouyssonnie vis-à-vis de cette dernière idée. Etienne Bousquet-Cassagne s’est par ailleurs posé en fervent défenseur des automobilistes en ces temps où la tendance est plus aux déplacements doux ou communs.

Sans surprise là-encore, il a enfin tapé sur « le bilan de 20 ans de socialisme ». La Ville et l’Agglo n’étaient pas les seules pointées du doigt, la Région et le Département étant aussi sous pavillon rose depuis quelques années.


Guillaume Lepers //

La place de dernier dans le tour de parole n’est incontestablement pas la meilleure dans un débat. Guillaume Lepers s’est à plusieurs reprises retrouvé à devoir défendre des propositions déjà énoncées quelques instants auparavant. Car en matière de politique locale, le pragmatisme prend souvent le pas sur les grandes postures des appareils nationaux. Le candidat de la droite a néanmoins joué le jeu, détendu et souriant. Il s’est même projeté dans un scénario de victoire. « Le stationnement n’est à ce jour pas un problème. Mais si on arrive à redynamiser le centre-ville, les parkings seront à nouveau un souci », a-t-il anticipé, sûr de son programme pour « enrayer le déclin ». Cette remarque lui permet en outre de critiquer le bilan du sortant et les hausses fiscales communautaires et départementales (les autres mandats de Patrick Cassany). Il reproche aussi à ce dernier sa « gouvernance verticale ». Guillaume Lepers tenait vraiment à répondre coup pour coup.


Alain Soubiran //

Vantant d’entrée de jeu son expérience, Alain Soubiran a attaqué le débat sur un ton singulier. Cet ancien adjoint de Jérôme Cahuzac a préféré dérouler son programme, les yeux rivés sur ses notes, quitte à déborder du thème annoncé, plutôt que de débattre avec les journalistes. Ce comportement a particulièrement agacé Etienne Bousquet-Cassagne. Par la suite, Alain Soubiran a aussi su se montrer offensif. Sa cible favorite : son ancien collègue Patrick Cassany. En sa qualité d’expert-comptable, c’est sur le terrain des chiffres qu’il a porté l’estocade. Sur la mauvaise utilisation des recettes excédentaires de la taxe d’ordures ménagères dans un premier temps. Il s’est ensuite posé en gestionnaire raisonnable, expliquant que « la Ville n’a pas les moyens » de se lancer dans des chantiers de grande envergure. Enfin, il a fustigé l’état « préoccupant » des comptes, non pas de la commune, mais de l’Agglo entre un endettement trop élevé et des impôts augmentés. Patrick Cassany a démenti catégoriquement « ces arguties financières », ne contestant pas les données chiffrées mais leur présentation selon lui orientée.


Patrick Cassany //

Le maire sortant est, de par sa fonction, le plus habitué de tous à l’exercice oral. En toute décontraction, sans s’appuyer sur ses notes, il a tenu ses positions. Sa stratégie : la meilleure attaque, c’est la défense. Défense face aux critiques et défense de son bilan. Patrick Cassany a bien plus parlé de son action depuis 2014 que de ses projets pour la période 2020-2026. Quand ses concurrents avançaient une ambition ou une proposition, le premier édile renvoyait vers ses réalisations pour tenter de leur couper l’herbe sous le pied. Patrick Cassany n’a toutefois pu s’empêcher de s’en prendre à son meilleur ennemi Guillaume Lepers, rappelant l’importance d’avoir des élus « indépendants » (il s’inquiète du passif de son adversaire chez Gifi) ou en dénonçant le surcoût supposé du projet de « Ramblas » villeneuvoises. Le socialiste a par ailleurs regretté que la culture et l’éducation, thématiques qui lui sont chères, soient absentes du débat.


Thomas Bouyssonnie //

Le benjamin de l’élection n’a pas semblé l’être ce lundi après-midi à la maison de la vie associative. Restant fidèle aux principes qui ont structuré sa toute première campagne électorale, Thomas Bouyssonnie n’a pas dévié de sa route. Il a pondéré ses critiques vis-à-vis de Patrick Cassany, soulignant ce qui n’avait pas été poussé assez loin mais admettant sans réserve ce qu’il juge au contraire positif. Il n’est pas tombé dans le piège du catalogue pour ne pas noyer l’auditoire sous la masse d’information. Il a au contraire choisi de s’appuyer sur quelques idées fortes en matière de démocratie participative, d’écologie ou encore de santé. Il fut d’ailleurs le candidat le moins ciblé par ses camarades. En fin d’exercice, l’avocat bientôt trentenaire a, là encore, noté qu’il existe des points de convergences avec ses rivaux, afin de faire passer les idées avant les hommes. Il s’est toutefois positionné en farouche opposant au Rassemblement National, réservant à Etienne Bousquet-Cassagne la majorité de ses uppercuts.


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